Consommer à tort et à travers...

l'Oracle vous parle de choses et d'autres, comme acheter un appartement, un lave linge, un dentiste, faire vos courses ou quoi que ce soit d'autre...

la porte 417...
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  • Une brève analyse ontologique de mes listes de courses

    Dis-moi ce que tu achètes, je te dirai qui tu es
    (devise commerciale de la grande distribution)

    La prochaine fois je vous expliquerai comment faire pour ne pas payer vos impôts sur le revenu sans être jamais inquiété par le fisc. Pour aujourd'hui, je vais plutôt vous parler d'un sujet beaucoup moins superficiel et qui me passionne tout particulièrement: comprendre dans quelle mesure notre nature profonde est intimement conditionnée par ce que nous consommons tous les jours et si ça ne vous plait pas, je vous emmerde. Voici donc pour l'heure Une brève analyse ontologique de mes listes de courses.

    bon, alors... pâté de lapin, PQ, essuie-tout, 45 kg de viande rouge, 265 saucissons et un paquet de chips... Essayons d'abord la pharmacie.

    Liste n°5

    Beurre, lait, fromage, danette - Tomates, carottes,basilic, poires, bananes - olives, pastis, cornichons, chips - savon, rasoir, essuie-tout.

    Il faut savoir que mon ami, le célèbre obsédé sexuel autrichien Sigmund Freud se plaisait à appeler cette cinquième liste "la Dogmatique". Il la trouvait en effet fort construite tant sur le fond que sur sa forme avec notamment les très élégants traits d'union qui séparent si harmonieusement les catégories d'aliments les unes des autres. Cette liste fut rédigée à une époque où je suivais, tout en gardant mes distances, des études d'algèbre linéaire dans une école privée du Chili tenue par des Pères Cruciverbistes. La rigueur mathématique de cette science a imprégné le style de cette cinquième liste. Cependant, en la lisant attentivement on remarque immédiatement l'absence d'espace entre carottes et basilic, qui reste encore un mystère inexpliquée. Elle apparaît comme totalement incongrue dans le contexte, et les interprètes ne s'accordent pas sur la symbolique qu'elle porte. S'agit-il d'un message "codé" qu'adresse l'auteur d'une telle liste à son lecteur comme pour signifier l'irrépressible besoin de poésie de l'Homme? Sorte de fenêtre d'humanité à la Magritte dans un univers entièrement quadrillé par la nécessité oppressante de rationalité subordonnée à la vertu dominante de la logique? Simple faute defrappe? Cette liste n'a certes pas fini de nous étonner.

    Liste n°13

    Danette, pâté, gruyère, spaghetti, vinègre, M. Propre, jus d'orange, LCS, Mayo

    Au café de Flore en 1964, J.Paul Sartre (le philosophe, pas le serrurier) a qualifié cette liste de "totalement obscure et bordelique à souhait" avant que nous ne nous fâchions définitivement. Il n'avait pas tort ce vieux chancre révolutionnaire! Il se trouve en effet qu'elle fut rédigée à l'époque où je vivais abondamment ma crise d'adolescence. En ce temps là, je réfutais catégoriquement toute forme d'autorité. C'est pourquoi, entre autres, je ne faisais plus mon lit. L'absence remarquable de pâte dentifrice de toutes les listes de cette période troublée de mon existence indique que je ne me brossais pas non plus les dents. Le caractère littéraire non-déterministe, au sens oedipien du terme, qui affecte le début de cette liste, aisément perceptible dans l'enchaînement paté, gruyère se révèle ensuite plus fluide et cède la place à une sorte de phénoménologie positiviste qui culmine à son paroxysme (92 au Scrabble sur mot compte triple) par l'opposition, présente dans tous les esprits, entre spaghetti et M. Propre.

    Cette forme stylisée se répercute ensuite sur le reste du corps du texte: l'acronyme LCS signifie ici, ça n'est pas évident je vous le concède, lait concentré sucré. Si l'on observe à présent les deux listes n°5 et 13, on constate à l'évidence dans quelle mesure la vie et l'oeuvre de l'artiste sont étroitement imbriquées et se conditionnent mutuellement. Pour plus de précision sur cette théorie de la fusion entre l'oeuvre et son créateur, on pourra se reporter sur le travail de M. Proust, qui n'est ma foi, pas trop mal fait et qui expose en quatre mille huit cents pages ce que je viens de démontrer à l'instant en quelques lignes (voir La recherche du temps perdu)

    Notons au passage que je ne sais pas écrire "vinaigre".

    Liste n° 18bis

    Bas résilles, rouge à lèvres, fond de teint, sac à main, vernis à ongles, escarpins

    Cette liste signe avec fracas ma Période Rose.

    Sans commentaire.

    Liste n°21

    Acheter: acide fluorhydrique, fusil à canon scié, cocaïne, Bernard Tapie, coupe-ongles. Ne pas acheter: Tampax, Pampers, Stéradent,

    Dans cette liste aux accents dramaturgiques poignants et qui a inspiré à Beethoven sa quatrième symphonie, le lecteur est littéralement subjugué par la tension qui règne au coeur du propos. L'auteur y fait le choix de se positionner catégoriquement face aux événements en termes d'opposition formelle oui/non, blanc/noir, acheter/ne pas acheter, girafe/thermomètre.

    C'est à peu près tout ce qu'il y a à tirer de cette liste.

    Liste n° 49

    Sauce boloniaise, perrier, huile, moutarde, sucre, sardines, PQ

    Outre le persistance de ce problème d'orthographe qui n'est pas soluble dans la sauce boloniaise (qui, comme chacun le sait s'écrit en réalité bolognaize), cette liste de course quarante-neuvième du nom a une histoire qui vaut d'être relatée ici. C'est alors que nous montions dans sa voiture climatisée que mon meilleur copain Phiip a choisi avec une pointe d'humour d'appeler cette splendide liste "la Dernière" car, je cite "je suis pas ton boy et t'as qu'à prendre le bus comme tout le monde merde à la fin!". Et pourtant, cette liste est un petit chef-d'oeuvre d'intelligence et d'humour. Un examen détaillé du contenu révèle que le corpus même de la liste contient en filigrane codée la synthèse intégrale de ma conception de la vie. Par exemple le mot sardines placé en avant dernière position indique que j'aime bien les sardines. Huile éclaire le fait que j'étais à court d'huile. Pure spéculation me direz-vous, et le sucre alors? Que fait-il placé, tel un deus ex machina entre les sardines et la moutarde? N'est-ce pas là un pied de nez burlesque digne des grandes comédies de Molière?

    (NDLR: L'anthropologie cognitive est une science exacte. Autrement dit elle a réponse à tout. Autre exemple: ma mère est une science exacte)

    Liste n°50

    Sel, pâtes, beurre, chips, un yacht de trois mâts, Cyndi Crawford, un domaine où l'amour sera roi si possible sur les hauteurs de St-Raphaël, et sinon une bagnole pas hors-de-prix pour aller faire les courses.

    Cette liste qui suit immédiatement la précédente fut baptisée la liste de "l'Enculé" parce que j'ai dû prendre le bus pour aller seul au supermarché, merci Phiip, salope de toi, puisse ton cadavre pourrir en enfer. Elle soulève divers problèmes sociaux d'envergure, évoque la déchéance sociale de l'auteur réduit à emprunter les transports en commun, et sa solitude dans cette épreuve, l'angoisse oh combien légitime devant un avenir terni par la trahison des siens, Phiip tu n'es qu'une crevure ingrate sur plusieurs générations. Réduite au strict minimum vital que sont le sel, les pâtes, le beurre et les chips, elle s'envole ensuite subitement vers le monde poétique du rêve, bondit et rebondit, Phiip, gros rat, tu peux toujours t'accrocher pour que je te rende tes disques.

    La prochaine fois, nous évoquerons ensemble mes récents travaux sur les concordances thermodynamiques entre la tectonique des plaques et une autre science exacte: la forme anguleuse de mes ongles de pieds.

    Oooooracleeeeeuh aïeuh !!! "Je... Je...
    Bouhou houhou houhou !!!"

    Le dentiste

    Après une journée de travail harassante certains choisissent de décompresser avec une petite partie de squash, un bon polar ou se lancent à corps perdu dans une grève de la faim; moi, j'ai contrôle "bucco-dentaire bi-annuel". Question de standing.

    Après une semaine interminable d'insomnies et de cauchemars inclassables, j'ai enchaîné sur une atroce journée d'angoisse passée à me ronger les ongles des pieds jusqu'aux tibias. Puis je me suis consciencieusement rendu chez le Dr Jekyll, mon dentiste, sur les coups de 19h45 avec une soixantaine d'excuses non valables contre mon rendez-vous, normalement programmé à 17H00.

    Entrée en matière

    Avant d'entrer dans le cabinet dentaire, pour me calmer les nerfs, j'ai fait trois fois la course avec l'ascenseur à travers toute la cage d'escalier, puis, en nage, je me suis arrêté au premier étage, et effondré à quelques mètres à peine de l'assistante. Laquelle assistante s'intitule suggestivement Claude, ne porte aucun sous-vêtement, et presque rien par-dessus, comme il se doigte. Entre deux respirations de tuberculeux, je déballe alors à Madame Claude une paire de très mauvais prétextes dans l'espoir de me justifier. "Un tel retard est, je cite, tout à fait inadmissible de la part d'un patient modèle tel que moi". Je finis en lui proposant de reporter mon contrôle au semestre prochain. Et pour lui montrer ma bonne foi, j'ouvre un large bec et en sors aussitôt mon agenda (rime très pauvre.)

    Trop tard: l'assistante, tout en croquant une grande bouchée d'un sandwich paté-cornichons, en profite pour me répondre que le docteur est lui-même légèrement en retard sur son planning. Je peux donc passer dans la salle d'attente; ce dernier mot résonne en moi comme un signal d'alarme qui précède la crise de panique. Sur un ton très digne je lui lâche alors qu'elle a de très beaux cornichons, puis je me dirige vers la salle d'attente, sans me précipiter et en me demandant ce que j'ai bien voulu dire par-là.

    La salle d'attente : purgatoire, ou monde parallèle ?

    La pièce est étroite et fort mal éclairée. Au milieu se trouve une table basse en plastique rigide vissée au sol, et tout autour quelques chaises en plastique rigide vissées au sol. Un porte-manteau en plastique est encastré dans le mur et un téléviseur vissée sur une table elle-même vissée au sol dans un coin diffuse en permanence des images envoûtantes en direct d'un aquarium à requins. L'ensemble est sonorisé par un fond musical de marches militaires du troisième Reich. Je ne peux pas vraiment dire pourquoi, mais j'ai la désagréable impression que quelque chose d'étrange et de désagréable est en train de se tramer.

    Je sors illico-presto mon téléphone cellulaire (un prisonnier me l'a revendu du temps où je faisais de la tôle pour meurtre au premier degré sur dentiste non armé) dans le but de contracter d'urgence une deuxième assurance sur la vie, mais le combiné m'échappe des mains que j'ai déjà moites comme deux esquimaux au soleil. Je me penche alors pour tenter de ramasser mon téléphone qui se comporte un peu comme un savon mouillé, lorsque je tombe nez à nez avec une petite larve humaine d'à peine six ans en train de se vautrer bruyamment au milieu d'une pile de Paris-Match des années 80 préalablement et soigneusement étalés au sol et qui me file des grands coups d'une soi-disant Épée Laser à Rétro-stalactites qui n'existe que dans son imagination surentraînée d'illettré sous-doué.

    Même pas mal.

    Je récupère enfin mon portable et du même geste je pioche au hasard une revue, espérant qu'un épisode de l'inénarrable saga des Rainier au bal masqué saura me faire oublier d'un seul coup l'échec cuisant de mon contrôle bucco-dentaire raté et la présence d'un nain de la catégorie "créatif" qui bondit à 360° en hurlant à la mort et qui, dans un ultime accès de rage, s'attaque à présent aux chaises à mains nues.

    Imperturbable, je lis un article politique de fond sur l'avenir de la pâtisserie monégasque tandis que le jeune délinquant susmentionné, qui occupe efficacement tout l'espace disponible, précipite bruyamment une "flotte d'OVNIS de la planète Jupivert" sur un autre tas de journaux innocents. Puis il les répand soigneusement autour de lui avec ce qui est, selon toute vraisemblance, un bras biomékanix, tout spécialement importé de la galaxie Puducul-2000 pour l'occasion. Puducl-2000, une galaxie proche de la notre mais entièrement contrôlée par des créatures d'extrême-droite fluorescentes. La table basse encaisse, mais ne bronche pas.

    Pour ma part, j'assume avec panache ma condition de victime de la haine ordinaire. Mais un étrange cocktail de sensations ambivalentes se répand en moi: une dose d'épuisement du système nerveux central et deux doses d'appréhension bucco-dentaire. Car si je commence à trouver l'imagination de ce cosmonaute malfaisant fort dégourdie, voire débridée, voire luxuriante, voire pas du tout à mon goût, je ne perds pas pour autant de vue la raison principale de ma présence sur ce champ de bataille intersidéral.

    J'ai peur du dentiste.

    Ca n'a rien d'incroyable à croire me direz-vous, tout le monde a peur du dentiste. Les dentistes eux-mêmes ont peur du dentiste.

    En jetant un coup d'oeil fébrile vers le poste télé, je constate avec effroi que la moitié des squales qui y séjournaient à mon arrivée ont été victimes d'arrêts cardiaques en raison des bruitages du sauvageon dignes de l'Exorciste 15.000 qui remplissent harmonieusement le volume sonore de la salle d'attente et qui couvrent assurément d'autres hurlements, plus inhumains encore, qui proviendraient, pour des raisons évidentes, de la pièce d'à côté...

    Rêves

    Entre deux contrôles bucco-dentaires, je fais toutes les nuits le même rêve obsessionnel: je me trouve dans un lieu mal éclairé où l'acoustique est très médiocre, ligoté sur un fauteuil à bascule en imitation cuir. Un homme à trois bras s'approche de moi; il arbore une cravate marron par-dessus un tee-shirt rose fuchsia sur lequel, malgré ma vision troublée par un épais brouillard d'acide nitrique je parviens à lire les mots:
    "Dr. FAUST D-E-N-T-I-S-T-E".
    Subitement une énorme pelleteuse mécanique fabriquée en Pologne défonce un des murs de la pièce dans un fracas assourdissant et tout le monde autour de moi est pris de convulsions en s'apercevant qu'il s'agit là d'un mur porteur et ma maman ne me répond pas quand je l'appelle.

    Echappatoires et autres fantaisies

    Lors de mon dernier contrôle bucco-dentaire, et alors qu'il s'apprêtait à introduire toutes sortes d'objets radioactifs dans ma bouche, le chirurgien-dentiste a enfilé une paire de gants. J'interprète toujours ce moment comme un indice déterminant, car je sais pertinemment qu'il ne fait pas plus froid dans ma bouche que dehors, donc je vous pose la question à voix haute
    "A quoi bon enfiler des gants?"
    Par la suite, le praticien a pris un ton désinvolte pour me demander de lui avouer si j'avais eu récemment des problèmes de santé. Voici la réponse à faire sans desserrer les dents:

    j'ai rapporté du Sénégal diverses maladies infectieuses mortelles, des maladies dites orphelines pour lequel la recherche scientifique n'a aucun budget, et dont on ne sait rien sinon qu'elles sont hyper-contagieuses par la bouche.

    Une autre formule qui s'inspire de la précédente (en ce sens qu'elle vise uniquement à gagner du temps) consiste à essayer de lancer le dentiste sur une discussion argumentée à propos de l'état et de l'agencement des murs porteurs de son cabinet. Mais, à ma décharge, je dois dire qu'elle ne fonctionne pas mieux.

    Pourtant, à y regarder de près je n'ai pas de raison objective de craindre le contrôle bucco-dentaire. Comme son nom l'indique, il ne s'agit là que d'un contrôle et la langue française distingue des nuances formelles très strictes entre l'activité de contrôle bucco-dentaire et celle de perforation bucco-dentaire. Or, il se trouve que les dentistes qui, par le passé, sont parvenus à regarder dans ma bouche en plein jour s'accordent à dire que ma dentition est dans un état remarquable.
    Je n'ai donc aucun motif de crispation mentale puisque je prends grand soin de mes dents qui sont très belles et pour lesquelles, je le répète, j'ai une vive admiration et un profond respect du travail qu'elles accomplissent au quotidien. Résultat: ma cavité buccale c'est Versailles. Les dorures et l'argenterie en moins.

    Jean Jacques

    Tout l'inverse de mon collègue de travail Jean-Jacques qui a la particularité d'avoir les dents de devant plus pourries que celles d'un cheval à la retraite et du même coup d'excellentes raisons de redouter, sans aucun discernement toute forme de contrôle bucco-dentaire. Pour tout dire, au bureau, lorsqu'on a quelque chose à demander à Jean-Jacques, on préfère plutôt lui passer un petit coup de fil (dentaire) que d'aller le voir en vrai. Récemment Jean-Jacques a été considéré par un comité d'experts scientifiques comme un pan entier de la recherche médical à lui tout seul.

    Chacun de ses rendez-vous chez le Dr No fait le bonheur de Madame No: elle pourra se faire offrir un nouveau vison par son dentiste de mari qui s'empressera de faire passer cet achat dans ses frais professionnels. Parfois, il peut même se payer le plein de son 4X4 en prime (TVA déductible). Généralement, le lendemain d'un contrôle, Jean-Jacques arrive à la cantine avec une tête de pastèque, des petits yeux en trous de pine, et un menu personnalisé: duo d'aspirine sur sa purée d'anti-inflammatoires sauce aux larmes, et en dessert un sac de glaçons délicatement parfumé d'un coulis de sang. Et pour arroser tout ça: un ou deux flacons de bain de bouche pur (à volonté comme il dit). A l'instant présent, je repense à tout cela et ça ne me fait absolument plus rire.

    Infanticide avorté

    Mais revenons-en à cette petite vermine totalement déglinguée des nerfs qui persiste à me jeter à la tête tout ce qui lui passe par la main arguant du fait qu'il s'agit ni plus ni moins que de boules de feu axtéroïdales. Vers 20H30, sa génitrice dont je commençais à croire qu'elle était sourde-muette, décide enfin de commencer son éducation et le réprimande d'un sévère :
    "Nicolas, mon lapin, ce n'est pas très aimable pour le monsieur ce que tu fais là tu sais. Il ne t'a rien fait le gentil monsieur".
    Et c'est tout.

    Un tel laxisme éducatif de la part d'une mère ne s'est pas vu depuis l'enfance de Joseph Staline et l'on sait tous ce qu'il en est advenu. Pour ma part, je n'appelle pas ça une réprimande. J'appelle cela de l'incitation, voire des encouragements. Les effets excitants de ces remontrances sur le gnome ne tardent d'ailleurs pas à se faire ressentir, et, sans le moindre égard pour ma pression artérielle déjà limite, il intensifie tout naturellement son activité balistique sur mon aimable personne.

    C'est alors que sous l'effet de je ne sais quel phénomène de dissociation mentale certainement dû à un début d'attaque schizophrénique sur mon Moi, je parviens à dire des choses que je ne pense pas et vice-versa:

    Je pense en apparence, cet enfant n'a rien d'un petit lapin à part le Q.I. Si à son âge il ne veut pas aller chez le dentiste il finira un jour comme Jean-Jacques, mais il sort de ma bouche :
    "Tu as peur du dentiste petit bonhomme? C'est pour ça que tu abuses ainsi de ma patience?"
    Pendant ce temps je poursuis le fil de ma pensée.

    Pour toute réponse à mes aimables questions, le jeune cuistre m'exhibe une copieuse crotte de nez qu'il vient de récolter pour la circonstance. C'en est manifestement trop pour sa mère indigne, qui voulant le réprimander, en oublie littéralement de le vouvoyer et lui assène un terrible:

    "Nicolas mon petit chat, s'il te plait, sois gentil avec le monsieur qui te parle gentiment. Excusez le, monsieur, c'est son premier contrôle bucco-dentaire et ses copains de classe l'ont terrorisé avec toutes sortes d'histoires à dormir debout sur les dentistes. Nicolas, mon poussin, je t'en supplie, range cette crotte de nez où tu l'as trouvée et viens voir maman!"

    Je pense, lapin? Petit chat? Poussin? Tout ça ressemble plus à une ballade au zoo qu'à de l'éducation, mais je dis :

    "Ne vous en faites pas pour moi chère madame, Caliméro est stressé par son contrôle bucco-dentaire, ça se comprend très bien. Par ailleurs je suis très flatté de recevoir des boules de feu en pleine tête. Mais vous avez évoqué me semble-t-il des histoires à dormir debout sur les dentistes. J'ai envie de vous demander ce que vous entendiez par "histoires à dormir debout". Parce qu'en ce qui me concerne voyez-vous, cela fait plusieurs saisons que je ne dors plus du tout, même pas debout, à cause de certaines histoires de dentiste précisément…".

    Je voudrais tant pouvoir expliquer à cette femme ce qu'est en réalité le "contrôle bucco-dentaire": une arme mortelle largement employée dans la galaxie Puducul2000.

    La roulette

    A cet instant précis, le Dr. Faust fait son entrée dans la salle d'attente accompagné de son Assistante Masquée, j'ai nommé Mme Nadine Amok, et annonce d'une voix que je perçois nettement comme d'outre-tombe
    "Nipepsi Nicolas s'il vous plaît ?"

    Dommage qu'il ne s'agisse que d'un contrôle bucco-dentaire, j'aurais tellement aimé entendre siffler la fraise sur tes petites dents délicates. Je me pince les lèvres pour réprimer un large sourire pendant que la mère ramasse son sac et mon assaillant et quitte la salle d'attente, me laissant seul face à l'éternité. En les voyant sortir, je me dis que je commanderais volontiers du lapin aux pruneaux. Mais je réalise très vite que ça pourrait bien être là ma dernière volonté.

    Car me voilà à présent seul dans cet endroit mal éclairé et sans plus tarder, je commence à me crisper tranquillement sur mon propre contrôle bucco-dentaire. Quelques instants passent pendant lesquels j'imagine mon jeune agresseur ligoté sur le fauteuil en simili-cuir du docteur Mabuse. Peu à peu, je suis pris d'un sentiment de remord que j'attribue surtout au fait que mon heure approche et j'ai un haut le coeur en repensant à cette chère tête blonde qui était parmi nous il y a encore quelques minutes et à sa crotte de nez.
    Saisi d'une immense tristesse, je choisis de me changer un peu les idées et me lance donc immédiatement dans une auscultation approfondie des murs de la pièce. Soudain, l'oreille collée aux cloisons comme une ventouse, j'entends le roulement caractéristique de la fraiseuse, couverte aussitôt par des hurlements inhumains. Et puis plus rien.

    De quoi, de quoi? C'est pas du tout un contrôle bucco-dentaire ça! Il n'y a pas de roulette au contrôle! Trois pensées me passent à toute vitesse à travers la tête: Un, la roulette est totalement hors-programme. Deux, le dentiste n'a pas le droit. Trois, j'ai envie de mourir.
    Je commence à jongler sérieusement et pour garder mon sang-froid je fais quelques exercices respiratoires de relaxation que j'ai appris chez les paras sensés dissiper toute forme d'angoisse dans les situations de stress. Mais je dois les faire à l'envers ou quelque chose du genre parce que je sens au contraire la crise monter inéluctablement à mesure que je me repasse en quatrième vitesse le film de ma vie pour être sûr de ne rien oublier: mon premier traumatisme bucco-dentaire bi-annuel à l'âge de six ans (où j'ai eu les félicitations du jury), mes dents de lait sous mon édredon, l'orthodontie qui m'a fait la bouche en fermeture éclaire pendant le plus clair de mon adolescence, tout y passe.

    C'est alors qu'une voix féminine traverse mon délire de part en part:

    - Monsieur l'Oracle?
    - Oui?… Je veux dire NON!
    - Vous êtes monsieur l'Oracle c'est bien ça?
    - Oui mais non. Je viens de partir. J'ai eu un petit malaise et puis voilà, je suis parti.
    C'est un peu compliqué je sais, mais dîtes vous seulement que ce que vous voyez là n'est PAS la réalité. En fait, je ne suis pas là.
    - Excusez-moi monsieur, mais je dois vous….
    - Ne dites rien, j'ai deviné: vous avez bousillé la fraise sur des os de lapin. Pourquoi, bande de sadiques, pourquoi? Perqué? Warum?
    - Pas exactement, en fait…
    - Allez-y emmenez-moi, je n'opposerai aucune résistance, finissons-en dis-je, la tête enfoncée dans les genoux et les mains derrière le dos.
    - Non, le docteur Faust me demande de vous dire qu'il ne pourra pas vous prendre aujourd'hui. Le petit Nicolas lui a jeté des boules de feu et pour les esquiver, le docteur a reculé et s'est blessé avec sa fraise.

    Oooooracleeeeeuh aïeuh !!! "Tout va bien...
    Pourquoi, mon dieu, pourquoi ???"

    Petit guide méthodologique pour l'achat d'un lave-linge

    Les statistiques sont formelles. Dans une société hyper-moderne, 100% des utilisateurs sont un jour confrontés à l'horreur d'une panne totale de leur lave-linge. Une panne toujours très douloureuse et dont la gravité peut parfois nécessiter jusqu'à l'application de l'article d'une loi dite Loi Mère Denis, sous-entendu l'intervention armée de l'OTAN.

  • introduction
  • Le magasin
  • Le personnel
  • Les livreurs
  • Le mode d'emploi
  • La hot line
  • Conclusion
  • introduction

    Contrairement à la croyance populaire, se lancer à corps perdu dans une bonne crise de lave-linge (le genre de crise que vos voisins suivent attentivement penchés à la fenêtre d'en face) n'est pas à la portée du premier couple venu.
    Exemple : soit un couple composé de deux jeunes cons tatoués qui disent ta mère tout le temps, qui portent des pantalons de surf en fumant du shit frelaté dans leur clapier du XIIIème arrondissement et pratiquent l'art du total-piercing en plein air en écoutant un groupe de rap intitulé " Contenu intestinal "; naturellement, comme tous les jeunes cons de leurs mères d'aujourd'hui, leurs projets d'avenir à deux se limitent strictement à :
    1) trouver un ouvre-boîte
    2) ouvrir ce putain de bocal de sauce bolognaise pour les spaghettis au shit qui sont déjà complètement collés dans la casserole

    Aucun doute, une panne de lave-linge passera totalement inaperçue dans un tel panorama. Pourquoi donc ?
    Premièrement, pour qu'une panne de lave-linge ait quelque chance de dégénérer en massacre à la tronçonneuse, il est indispensable que le paramètre " Tension au sein du couple " soit réglé au préalable sur "explosif ". Une bonne préparation physique et mentale des partenaires, mais surtout un profond désir de saisir le premier prétexte qui passe pour solder les comptes et se foutre enfin sur la gueule.
    Deuxièmement, parce que les jeunes punks de notre exemple ne lavent jamais leur linge puisque les haillons qu'ils portent sont directement rivetés à leur épiderme de leurs mères par l'intermédiaire desdits piercings.
     
    Observons alors le cas typique d'un couple moderne et insouciant, vivant d'amour et de crème fraîche à l'ombre d'une machine à laver le linge encore en état de marche. Situation classique : le jeune couple nourrit notoirement des ambitions scandaleuses de mariage contre l'avis unanime des deux familles ultra-conservatrices, les Montaigue et les Capulet. Il reçoit tous les dimanches un coup de fil de sa mère qui l'appelle pour hurler soigneusement le verbe "déshériter " au téléphone plus de seize mille fois dans la conversation tandis qu'Elle traverse une phase existentielle pénible et interminable (conséquence naturelle d'une récente prise de poids de Oh mon Dieu 150 GRAMMES) phase dont le titre pourrait bien être "  Je suis pas ta bonne ".
     
    Or, de nos jours, les machines à laver le linge ont acquis suffisamment de technologie sophistiquée pour lire dans les pensées de leurs propriétaires et perçoivent ainsi toute saute d'humeur dans un rayon de 300 mètres, même à travers les murs. Patiemment, le lave-linge va attendre de détecter dans la maison les premières manifestations classiques de nervosité indiquant que le couple est désormais tout disposé à se donner en spectacle à toute la copropriété. Comme il a déjà décidé de ne plus rien essorer depuis l'appel téléphonique dominical de la semaine passée, le lave-linge sait alors qu'il pourra très bientôt s'offrir une retraite anticipée dans une ambiance typiquement shakespearienne.
    JULIETTE
    Mon Roméo, je pars dans dix minutes chez ma mère pour une semaine.
    Il faut donc im-pé-ra-ti-ve-ment que je te montre comment faire tourner une lessive avant de m'en aller.

    ROMEO
    (sur un ton forcé)
    Ma Juliette, pour être tout à fait franc, je n'osais pas te le demander.

    JULIETTE
    Mon Roméo,
    la machine n'essore plus depuis le dernier coup de fil de TA mère donc il faut que tu passes ta main derrière et que tu presses le petit bouton gris juste entre les deux grosses vis et les gros fils dénudés qui dépassent du petit truc vert en forme de tête de mort....

    ROMEO
    (taux de mauvaise foi dans la voix: maximum)
    Attends, avec tout le respect que je te dois,
    j'ai souvenir d'avoir lu un jour quelque part que taquiner des fils dénudés qui sortent d'un truc en forme de tête de mort à une heure aussi tardive présentait un danger très réel pour ma santé.
    Donc je ne le fais pas.
    Une autre question ma Juliette ?
    JULIETTE
    Ecoute moi bien salopard :
    je fais cette périlleuse cascade dans le lave-linge deux fois par semaine pour laver tes slips qui puent,
    alors dépêche toi d'appuyer sur le bouton gris

    ROMEO
    (mauvaise foi : no limit)
    Haha ! Tu es en train de me dire que tu risques ta vie pour moi deux fois par semaines c'est bien ça ?
    Très bien. Je vais le faire mais à une condition.
    Tu veux peut-être savoir laquelle non ?

    JULIETTE
    (excédée)
    NON ! Je m'en fous !

    ROMEO
    J'exige un enterrement pas trop m'as-tu-vu, quelque chose de sobre et j'exige également qu'on y passe ma chanson préférée, celle qui fait
    " Le lundi au soleil, c'est une chose qu'on n'aura jamais... ".
    (Lyrique)
    Oh mon dieu, mais tu réalises que c'est Claude François qui chantait ça !
    Et sais-tu seulement, malheureuse, pauvre inconsciente, dans quelles circonstances atroces ce pauvre garçon nous a quittés ?

    JULIETTE
    (menaçante)
    Arrête de me chier dans les bottes et écoute moi très attentivement petite vermine !
    Si tu t'obstines à refuser d'apprendre à faire tourner du linge en mon absence,
    j'annule immédiatement mon départ et à la place,
    je fais venir ici mon père,
    ma mère,
    mes frères
    et mes soeurs.
    Et en prime, je te pète ta petite gueule de Roméo.
     
    Immédiatement après cet échange courtois, tout est allé très vite : j'ai plongé mes deux mains dans la machine, des fils dénudés qui traînaient se sont touchés provoquant une splendide gerbe d'étincelles qui faisait plaisir à voir, une forte odeur de thon grillé a envahi l'appartement et la machine ne s'est plus jamais allumée. Dans cette atmosphère que je qualifierai volontiers d'électrisée, j'ai alors entendu un hennissement délicat qui disait à peu près ceci " Maintenant salopard, dévisse ton gros cul du canapé et va immédiatement acheter une nouvelle machine pour ton linge pourri ! ".

    Le magasin

    Je me rends donc d'un pas décidé chez l'un de ces gros trafiquants d'électro-ménager en vogue de nos jours et que nous appellerons (afin de respecter son anonymat et mes lecteurs rappeurs du début) TyDar. Si je fais ce choix c'est parce que leurs magasins répondent parfaitement aux nouvelles normes commerciales destinées à faciliter la vie du consommateur assoiffé que je suis, à savoir :
    sponsorise les bulletins météo télévisés erronés de 20h30
    doté d'un parking suffisamment grand pour posséder son propre climat,
    surpaye des publicitaires à l'humour plus que douteux pour concevoir des slogans comme " Si vous trouvez moins cher ailleurs, c'est qu'on vous a mis gros comme càaahahahaaaa ! "
    possède toute les gammes d'appareillages électro-ménagers, y compris les plus avant-gardistes comme le four connecté à Internet qui peut ainsi communiquer avec tous les autres appareils de la maison, ce qui lui permet par exemple de coordonner les diverses pannes et de les programmer en conséquences pour qu'elles se déclarent toutes en même temps, plus exactement le 31 décembre à 20h00, alors que les belles-mères respectives (dénommées ci-après la Peste et le Choléra) viennent de s'inviter chez vous pour le réveillon
    pratique des crédits à la consommation d'une simplicité déconcertante qui vous autorisent de vous endetter en un clin d'œil auprès d'organismes de crédit détenus à parité par la pègre de Palerme et les triades de Shangaï, qui vous laissent le choix entre échelonner vos remboursements sur trois, quatre ou cinq générations
    vend d'astucieux contrats de prolongation de garantie appelés dans le milieu " Contrat sur votre tête ". Rédigés en sanskrit dans une typographie de la taille d'une molécule d'azote et sortis sur une imprimante à jet d'encre sympathique. Prix de ces contrats de prolongation ? Votre numéro de téléphone composé depuis l'étranger
    etc.
     
    Planté au milieu de cet immense Jardin d'Eden de l'Eléctro-Ménager, je me sens comme écrasé sous le poids de cette débauche ininterrompue de réfrigérateur-congélateur-aspirateur, de cuisinière-four-ramasse-miettes et autres téléviseur-malaxeur-rince-doigts-de-luxe, qui s'étalent lascivement dans un décor de science-fiction aseptisé occupant une vaste surface carrelée que j'estime environ à trois fuseaux horaires. Sans que ca ne me rassure en quoi que se soit, je constate alors que je ne suis pas seul.

    Le personnel

    En effet, le lieu est infesté de vendeurs-rabatteurs-autocuiseur. Le mien, un dénommé craM, qui, outre qu'il présente toutes les caractéristiques du criminel de guerre toxicomane et dépressif porte son badge à l'envers, ne cesse de me répéter sur un ton hypnotique que " vous ne pouvez pas prendre le risque de vous dispenser de la prolongation de garantie d'un an surtout lorsqu'elle est en promotion ", pendant qu'une vendeuse hystérique, formée aux techniques de vente modernes, bondit d'un presse agrumes à l'autre en glapissant à tue-tête qu'il y a des soldes en-veux-tu-en-voilà sur les sacs à poussière pour aspirateur-décapsuleur-brumisateur.
    Je n'ai malheureusement pas le temps de me rendre à la réalité (qui est que ces gens et cet endroit sont possédés par Satan), car je m'entends dire (dans un état de semi-conscience léthargique dû à des rayons gamma-affaiblissants qui émanent du plafond du magasin et les yeux de craM)
    - tout, je veux tout, oui, donnez-moi le gauffrier-balladeur-dictateur de Lustucru à double malaxage péridural avec toutes ses options y compris Son et Lumière de Chambord, et Apprendre la botanique en s'amusant pendant que je vais de ce pas hypothéquer mon épouse et mes enfants pour acheter absolument tout ce qui vous plaira craM, dites seulement moi où je dois signer.
    Complètement stone, je marche à reculons en cherchant une sortie qui n'est pas indiquée.
    Lorsque je reprends enfin mes esprits, la bouche pâteuse, je tiens dans mes mains tremblantes un épais dossier rose intitulé " Bon de commande : Vous êtes fait comme un rat " et je ressens comme une irrépressible envie de me laver.
    Par la suite je consulterai régulièrement un psychiatre-psychanalyste-décorateur pour une thérapie personnalisée conçue pour m'aider à vivre avec ces horribles souvenirs.
    Le lundi au soleil...
    Des années ont passées ; les hivers ont succédés aux printemps, la droite à la gauche et vice-versa, de déménagements en déménagements les enfants sont devenus grands, etc. lorsqu'arrive enfin le grand jour : la livraison.

    Les livreurs

    Or donc ce matin là, vers cinq heures et demi, je suis alerté par les hurlements inhumains et peu discrets des locataires du premier (les Thénardiers) torturés par la bande de livreurs-déballeurs-percollateurs qui cherchent absolument à savoir je cite, " à quel étage il se planque ".
    Utile précision à ce stade: je vis au dernier étage d'un immeuble sans ascenseur mais qui présente la singularité d'avoir une cage d'escalier classée ND18 (Niveau de Difficulté 18 pour la Ligue Française de Varape). Lorsqu'ils apprendront qu'il leur reste encore quatre volées de vingt-huit marches à escalader mes livreurs prendront forcément le temps de s'arrêter à chaque étage pour se défouler un peu sur tout ce qui bouge. Je dispose donc de quelques minutes devant moi pour me faire doucement à l'idée d'être bientôt l'heureux propriétaire d'une nouvelle machine à laver mon linge pourri.
    L'excitation est à son comble quand je jette un œil anxieux à travers le judas. Je vois alors un muscle géant de 800kg, tatoué d'une tête de mort (ce qui n'est pas sans me rappeler quelque chose, mais quoi ?) :
    MOI
    (de ma voix la plus grave possible)
    Qui est là ?

    LE BICEPS GEANT
    C'est les livreurs de chez TyDar, mademoiselle.
    On vous a ramené un petit pot de miel et une motte de beurre.

    MOI
    Donnez moi le mot de passe !

    UN AVANT BRAS
    Le mot de passe c'est " Le lundi au soleil ", hahaha !
    Ouvre ! Salope !
    Nique ta mère !
     
    Certains magnats de l'électro-ménager n'hésitent pas à vous vanter l'excellence inégalable de leurs services de livraisons-installation-destruction à domicile.
    Je constate avec une inquiétude non-dissimulée que la horde de livreurs qui vient de massacrer mes voisins en exclusivité se compose en majorité de vétérans du Vietnam récemment échappés du pénitencier de Sing-Sing où ils avaient vraisemblablement suivi un régime alimentaire très stricte à base de beurre d'ours polaire adulte. Par atavisme, la tribu s'organise autour d'un chef de meute sanguinaire et haltérophile de naissance qui a été désigné parce que :
    son QI est exactement égal au nombre d'articles qu'il doit vous livrer
    à plusieurs reprises par le passé, il a déjà mangé de la chair humaine
     
    En moins de temps qu'il ne me faut pour hurler " Au secours !", les livreurs-installateurs-démonstrateurs-percolateurs enclenchent la Première Phase de la Livraison qui est le terme technique pour désigner l'action de jeter par la fenêtre tout corps, vivant ou non, qui se trouve sur leur trajectoire. Puis, dans ce qui reste du salon, avec leur petits poings délicats ils défoncent poliment l'emballage blindé de la machine, la déposent sur le toit de l'immeuble et me confient solennellement les précieux morceaux de polystyrène extraits de l'emballage. C'est alors que, poussant de petits rires stridents de larves, ils déchirent le bon de garantie et le mode d'emploi avec leurs dents avant de vider les lieux.
    Dans tous les sens du terme.

    Le mode d'emploi

    Le livret d'utilisation déchiré contenait :
    trois feuillets bien distincts marqués " TRES IMPORTANT ! ! ! LIRE CE PAPIER EN PRIORITE ! ",
    un mode d'emploi datant du XIVème siècle pour manoeuvrer des portes d'écluse,
    un bon de réduction de trois francs à valoir sur mon prochain achat de lave-linge
    et un extrait du code pénal qui me rappelle qu'il m'est formellement interdit de me débarrasser du polystyrène, même après ma mort, et que je dois donc d'ores et déjà prévoir de la place dans mon cercueil pour être enterré avec.
    La procédure d'installation de ma nouvelle machine à laver est d'une simplicité enfantine :
    1) branchez l'appareil sur une alimentation 220V-50Hz triphasée
    2) chargez le tambour avec de la lessive, de l'assouplissant, et du linge obligatoirement tâché au sirop de betterave du Nevada
    3) fermez la porte de la machine (pour empêcher le linge de s'enfuir)
    4) enfoncez la touche " Marche/Arrêt " avec les doigts qui ne sont pas restés coincés à l'étape précédente
    5) Constatez que rien ne se passe et appelez la hot-line, service de dépannage par téléphone.

    La hot line

    En cas de panne d'un appareil électro-ménager (situation totalement extravagante si l'on en croit le mode d'emploi), les constructeurs avertis ont travaillé à développer des solutions parfaitement adaptées aux besoins de chaque client. Généralement le service de maintenance fixera avec vous une date d'intervention en fonction des horaires de passage de leurs réparateurs agrées (la fréquence de passage d'un réparateur agrée dans votre quartier est fonction proportionnelle des passages de la comète de Halley).
    Pour les plus pressés, il existe néanmoins un service individualisé d'assistance téléphonique 24h/24h appelé hot-line : pour seulement 2.23f par minute la hot-line vous offre alors la possibilité d'écouter à l'infini une version originale des Quatre Saisons du compositeur italien Darty (remixée par DJ Cram). Ceci doit vous permettre de relativiser vos petits soucis de lave-linge en songeant aux très grands malheurs qui accablent en ce moment les personnels de la hot-line, lesquels sont, selon toute vraisemblance beaucoup trop perturbés dans l'immédiat pour vous répondre.
    Après seulement 7 années d'attente et 7 années de vaches maigres (ceci est une hyperbole humoristique, en réalité je n'ai attendu que quatre ans de chaque), une technicienne s'est décidé à prendre mon appel au secours et au téléphone :

    LA TECHNICIENNE
    S.O.S maintenance dépannage assistance sauvetage en haute mer 24h/24h 7j/7 365 jours par an c'est quand vous voulez j'écoute quel est votre problème ?
    MOI
    Bonjour, en quelle année sommes nous ?...

    LA TECHNICIENNE
    Est-ce qu'il peut parler plus fort S.V.P je ne l'entends pas !
    J'écoute quel est votre problème ?

    MOI
    Voilà.
    J'ai un souci avec mon lave-linge.

    LA TECHNICIENNE
    Il a seulement un souci ou une situation totalement extravagante ?
    J'écoute quel est votre problème ?

    MOI
    Pour ne rien vous cacher, il est en panne voyez-vous ?
    Il ne fonctionne pas.
    Je veux dire qu'il ne se déclenche pas.
    Le lave-linge.

    LA TECHNICIENNE
    Est-ce qu'il a pensé à sortir l'appareil de son emballage ?

    MOI
    ? !

    LA TECHNICIENNE
    Je suis obligée de lui poser ces questions, c'est la procédure.
    A-t-il pensé à appuyer sur le bouton marche-arrêt ?

    MOI
    Affirmatif.

    LA TECHNICIENNE
    (suspicieuse)
    Il en est sûr ?
    Ou alors il est encore un de ces satyres qui appellent pour des pannes alors qu'ils n'ont même pas enfoncé le bouton marche-arrêt ?
    MOI
    Mais non voyons, j'ai appuyé même plusieurs fois dessus !

    LA TECHNICIENNE
    (sur un ton horrifié et accusateur)
    PLUSIEURS FOIS ? Il a appuyé plusieurs fois sur le bouton?
    Il n'a donc pas confiance dans notre matériel ?
    Pour quoi avez vous appuyé plusieurs fois, monsieur ?
    Pourquoi il a fait une chose pareille, pourquoi, POURQUOI ?
    (en aparté mais assez fort pour être entendue jusqu'à La Rochelle)
    Solange, j'ai un satyre qui a appuyé plusieurs fois sur Marche/Arrêt, tu te rends compte !
     
    SOLANGE
    ca fera jamais que le sixième aujourd'hui

    MOI
    (troublé)
    je...je ne sais pas...c'est

    LA TECHNICIENNE
    Et bien je vais lui dire moi pourquoi il a fait ça.
    Il a appuyé plusieurs fois sur le bouton parce qu'il n'a tout simplement pas lu la notice d'emploi et parce qu'il n'a aucune confiance dans notre produit et aussi parce que c'est un détraqué et un maniaque dépravé.
    Tu as appelé la hot-line en espérant que je n'y verrai que du feu n'est-ce pas, petite vermine ?
    Allez avoue !

    MOI
    (entre deux sanglots)
    oui, j'avoue que j'ai appuyé plusieurs fois de suite sur le même bouton, je...j'ai tellement honte vous savez....

    LA TECHNICIENNE
    Parlez plus fort monsieur le satyre! !
    Il n'avait absolument pas le droit d'appuyer plusieurs fois, c'est formellement interdit !
    Il n'a que ce qu'il mérite !
    A présent, il est seul, totalement seul face à son lave-linge, dans cette solitude des condamnés qui ont commis l'irréparable et qui doivent expier dans l'éternité des lendemains désespérés...

    MOI
    mais...

    LA TECHNICIENNE
    Ne me coupez pas ordure, ou j'appelle la police !

    Conclusion

    Après avoir solennellement reconnu que j'avais appuyé à plusieurs reprises sur le bouton marche-arrêt dans l'intention criminelle et délibérée de nuire à mon lave-linge, j'ai enfin obtenu de la technicienne qu'elle m'indique la procédure à suivre pour me faire pardonner. Il suffit tout simplement de presser le petit bouton gris entre les deux fils dénudés qui dépassent du...
     
     frappe-moi, société, même pas mal !  ooooooooooooh, le teeemmmmple deee l'OOOraaacleeee !!!!!....

    "Frappe-moi société, oh oui, frappe-moi encore ! "
    haut de page

    Petit guide méthodologique à l'usage de ceux qui ont l'intention de devenir propriétaires d'un logement

    Des soubresauts technologiques considérables sont survenus tout récemment dans un domaine de la recherche scientifique aussi pointu que la paléontologie unifiée; ils donnent aujourd'hui à penser que la théorie classique de la sédentarisation de l'espèce humaine est en passe d'être révisée de fond en comble; ce que je me propose justement de faire devant vous en même temps que je mange une crème dessert au chocolat; ce record est homologué sous le contrôle de maître Tapir, huissier à mi-temps et chirurgien orthopédiste lorsque l'occasion se présente.

  • introduction
  • Le rendez-vous à l'agence immobilière
  • J'ai acheté un " très beau produit " dans lequel je fais faire des travaux et je vais le regretter
  • L'emménagement
  • **Pub**
  • La copropriété
  •  
    Si l'on en croit l'honorable professeur de spéléologie oecuménique à l'université de Køvenïnghÿnbûrg au Danemark Otto Von Herringsburgerwithcheesandonions, l'unique processus organique déclencheur de l'inhibiteur ontologique migratoire du néandertalien dérive linéairement des mesures compensatoires chroniques fœtales présentes chez tous les spécimens du Crétacé supérieur gauche ou quelque chose du même genre. Or selon moi, tout cela n'est que foutaises septentrionales et j'ajouterai si j'en avais le temps que je ne peux que déplorer une telle attitude dans le milieu pourtant aussi respectable que celui de la paléontologie structurelle de l'Ecole Danoise.
    Après pas mal de dizaines de milliers d'années d'errance, d'arbre en marais, de marais en cavernes et de cavernes en grottes minables squattées par des tigres à dents de sabre, l'homme du néandertalien, lassé de tout ça, s'est dit qu'il était grand temps de se trouver un logement bien à lui pour poser sa grosse fraise. Les cinq cent milliers d'années qui suivirent furent consacrés à visiter plusieurs dizaines de cavernes miteuses, sans eau courante, squattés par des ours aux pattes ailées, il s'est enfin dégotté une petite caverne Bouygues bien sympa, au bord de la mer, avec une vaste terrasse, exposée plein sud et sans vis à vis; aussitôt après, il a été contacté par l'équipe de l'émission C'est mon choix. Puis environ 300.000 ans plus tard, les meubles de cuisine qu'il avait gagnés au Juste Prix lui étaient enfin livrés. Sur la boîte aux lettres devant le jardin, on pouvait lire M. MAGNON Cro. L'Histoire pouvait commencer.
    Dans des domaines fort variés des sciences mais également des arts, la quête d'un logement s'est affirmée comme une thématique incontournable. La littérature antique, par la voix de l'un de ses plus illustres auteurs, s'est penchée sur la question immobilière. Homère Simpson le premier, a choisi de relater dans son poème épique à succès, ce qu'était cette épopée. Son héros Ulysse, alias Harrison Ford, erre sans fin d'une terre à l'autre, fuyant courageusement les dangers qui l'assaillent. Pour ceux qui veulent se cultiver et lire dans le texte le plus grand poète de l'Antiquité, ils n'ont qu'à regarder le film Les Douze Travaux d'Ulysse (à titre d'indication on citera le travaux le plus célèbre : remplacer le carrelage de la salle de bain d'Augias). Pour résumer vite fait, on peut dire sans trop forcer sur le jeu de mots que c'était une vraie galère.
     
     

    Le rendez-vous à l'agence immobilière

    (niveau de difficulté : inhumain ; pré requis : valium ou tout autre anxiolytique dosé 10.000.000mg)

    L'immobilier n'est pas un marché, c'est une religion ! Comme toute religion, elle trimbale son cortège de fidèles et de faux-prophètes dans une sorte de temple qu'on appelle l'Agence.
    Lorsque vous entrez dans l'un de ces temples, un prêtre assermenté vous prend immédiatement en charge et vous inculque les quelques rudiments élémentaires du dogme : " Honore tes dettes", " Tu ne discuteras point les prix ", " C'est à prendre ou à laisser ".
    Cette formalité accomplie, vous passerez alors à l'initiation au cours de laquelle on vous bandera les yeux solennellement. Puis, après vous avoir fait tourner trente-trois fois sur vous-même, le Grand Prêtre lui-même vous dira "Combien j'ai de doigts ?" et si vous répondez "Douze !", il vous tiendra alors la main pendant qu'on vous fera signer au bas de plusieurs pages totalement blanches, sous la mention que vous rédigerez " Lu, relu et approuvé ". Alors seulement, le Grand Prêtre prononcera à votre oreille le nouveau nom de baptême que vous porterez désormais pour le restant de votre existence "pigeon".
    Au cours de cette séance initiatique, d'autres agents immobiliers chaussés de sandales en cuir et vêtu du maillot de l'O.M. tourneront autour de vous en psalmodiant une mélopée envoûtante ponctuée par la formule hypnotique " Nedîtesrien-Jaiexactementcequilvousfaut ".
    Plus tard, en fréquentant l'Agence et ses personnels, vous apprendrez un jour que l'agent qui gère votre dossier a été recruté sur une batterie de tests très rigoureux dans lesquels les candidats doivent se mesurer intellectuellement à un rouleau de papier aluminium. En cas d'échec à ces tests, le candidat était immédiatement embauché.
    Comme tout le monde le sait, toute tentative de dialogue prolongé avec un agent immobilier réclame de la part du sujet une abnégation et un sang-froid hors du commun. De par ma longue formation à la Sorbonne (j'ai longtemps servi le plat du jour au restaurant universitaire) j'ai été moi-même amené à réaliser de multiples expériences en laboratoire sur des simulateurs d'agences immobilières. A vrai dire, j'en étais le cobaye. Ces appareils de réalité virtuelle sont capables de recréer ainsi l'ambiance hyperréaliste d'une conversation type avec un agent immobilier et d'en mesurer les effets sur votre comportement :
    MOI
    (tout en dégustant une crème dessert au chocolat)
    bonjour je cherche un appartement de trois pièces situé en centre ville dans un immeuble moderne en étage élevé,
    qui soit lumineux,
    et si possible déjà raccordé à la terre s'il vous plaît merci.

    L'AGENT IMMOBILIER
    Nedîtesrien-Jaiexactementcequilvousfaut, je peux vous proposer ce qui est assurément le plus beau produit actuellement à l'agence, un ancien monastère franciscain à retaper dans les Cévennes pour la modique somme de 297 godzillions de francs.

    MOI
    et les frais d'agence?

    L'AGENT IMMOBILIER
    (m'offrant un mouchoir pour essuyer mes larmes)
    10%, payable d'avance et en petites coupures

    MOI
    Ne perdons pas de temps en visites inutiles monsieur l'agent,
    je suis quelqu'un de très influençable,
    où dois-je signer ?
     
    Lors de telles expériences, j'étais exposé des heures durant et sans aucune protection au raisonnement cru d'un agent immobilier; mon corps viril était recouvert de capteurs électriques posés par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs en blouses blanches. Les effets que produit sur mon métabolisme le discours commercial d'un agent immobilier étaient ainsi mesurés et les données injectées dans un ordinateur qui les interprétait en temps réel. Les résultats étaient invariablement les mêmes : frissons, suées, crispations, crampes d'estomac, bouffées de chaleur, angoisse, crises de nerfs, tétanie, incontinence, mélancolie, dépression, meurtre.
     

    J'ai acheté un " très beau produit " dans lequel je fais faire des travaux et je vais le regretter

    ( niveau de difficulté : nuit gravement à la santé ; pré requis : 50 grammes de marijuana pure en une seule prise )

    Nouvel acquéreur "d'un des plus beaux produits de l'Agence", vous voilà donc ruiné.
    Peu importe, puisque ce n'est plus de finances dont vous aurez alors besoin, mais de patience et croyez en mon expérience dans ce qui va suivre vous n'en aurez jamais assez. L'agence, c'était du gâteau au fromage à côté de ce qui vous attend si vous choisissez de faire faire quelques menus travaux de rénovation dans votre "plus beau produit de l'agence"…
    Commençons cette section sur les Travaux par un petit conseil d'ami : méfiez-vous comme de l'eau qui dort de cet entrepreneur qui jure sur la tête de ses trois pères que les travaux à faire dans votre nouvelle résidence ne lui prendront jamais plus de trois mois. Comme il s'agit aussi de la durée du préavis que vous devez à votre actuel propriétaire, M. Thénardier, vous le leur adresserez aussitôt, inconscient que vous êtes, dans le fol espoir de quitter votre taudis de location au plus vite pour emménager dans votre "très beau produit". Jusque là, le timing semble parfait.
    C'est un très mauvais signe.
    Attendez-vous alors à ce que des " imprévus ", sans préavis eux, surviennent en cours de chantier dans votre logement. Vous apprendrez de la bouche du même entrepreneur susmentionné qu'une violente épidémie de scorbut infectieux a décimé ses équipes d'ouvriers, que les remplaçants sont sur un chantier en Nouvelle Zélande, et que tout ceci l'empêche malheureusement de respecter les délais qu'il vous avait promis; vous quitterez alors votre trou à rat prématurément et serez contraint d'emménager dans un projet de logement. Nous reproduisons ici une conversation téléphonique telle qu'elle se déroule typiquement la veille de votre déménagement (extrait de l'ouvrage le B.A.BA du B.T.P) :
    Allô, Monsieur l'entrepreneur ? Oui, ici Ulysse à l'appareil, vous vous souvenez de moi ?
    Lui-même, c'est cela, le misérable sodomite pour lequel vous deviez finir des travaux cette semaine. Dîtes-moi voir, comment-allez vous ?…
    Vous vous sentez bien ?…
    Je veux dire pas de nouveau virus mortel à l'horizon?…
    Bienbienbien, parfaitfaitfait, je suis vraiment content pour vous, …
    vous trouvez que j'ai une drôle de voix ? Non, non, c'est juste que lorsque je vous parle, j'ai des larmes qui me viennent toutes seules…
    je ne vous en veux absolument pas rassurez-vous, je crois juste que c'est le destin qui s'acharne, voyez-vous? Je suis juste un peu préoccupé voyez-vous par la santé mentale de mon épouse, Pénélope, qui tient absolument à vous exterminer de ses propres mains, et pense beaucoup de mal de votre mère…
    une dame charmante je suis sûr, elle ne la connaît pas tout simplement…
    Enfin! Bon, allez., je ne veux pas vous mettre plus en retard que de besoin, il est déjà quatorze heures trente et je sais que vous n'avez pas encore pris votre petit-déjeuner, alors passez donc une bonne demi-journée, on garde le contact et puis surtout, ne vous cassez pas la tête, mon épouse vient de me dire qu'elle s'en charge.
    Au chapitre des travaux, il convient de s'attarder quelque peu sur le sujet de l'installation électrique.
    Si comme moi, vous faîtes appel à un électricien professionnel c'est sans doute parce que pour vous aussi, l'électricité correspond à une file indienne de minuscules flèches jaunes et surmontées d'un V, dont vous êtes persuadé qu'il y en a à peu près 220 qui essayent de rentrer chaque minute dans votre maison par les prises de courant. Vous devez savoir alors que les électriciens professionnels, qui sont souvent des prix Nobel de physique contrariés, conçoivent l'électricité exactement de la même façon que vous. En somme, avec eux, l'électricité n'est plus savante mais purement intuitive.
    Et si vous apercevez votre professionnel de l'électrique en train d'étaler sur votre parquet de la tourbe fraîche, dîtes vous simplement qu'il est en train de mettre de votre appartement à la terre.
    En le regardant faire, vous vous formerez rapidement et vous aurez ensuite l'impression injustifiée que n'importe quel mortel est à même de réaliser n'importe quelle installation électrique pour peu qu'elle contienne des signes plus et des signes moins. Jusqu'au soir du réveillon que vous organisez pour 80 personnes, où un fusible de votre installation électrique se suicidera. Alors seulement vous saurez que les branchements facturés par un vrai professionnel de l'électrique répondent aux même normes rigoureuses que les nœuds marins. A tâtons vous chercherez frénétiquement son numéro de téléphone en vous prenant les pieds dans les câbles électriques de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel qui traînent un peu partout.
    Or, dans cette forme d'artisanat il se trouve que l'esprit d'entreprise est une affaire de famille.
    C'est pourquoi les électriciens professionnels sont le plus souvent dotés de frères jumeaux qui sévissent dans des domaines tels que la plomberie.
    Comme chacun le sait, les plombiers ont la réputation d'être de pauvres brutes débiles aux cheveux gras. Mais l'on raconte aussi qu'ils peuvent tordre d'épais tubes de cuivre entre le pouce et l'index rien que pour s'en faire des pinces à cheveux. Le jour où vous verrez cela de vos propres yeux, le profond mépris que vous aviez hier encore pour ces analphabètes épais en catogan se muera instantanément en un profond respect pour le splendide travail artistique de ces élégants gentlemen à la force herculéenne.
     

    L'emménagement

    ( Emménager c'est toujours déménager disait mon auguste professeur de sport au lycée Jean Giono)

    Les opérations qui consistent à emballer les cartons du déménagement requièrent forcément le concours d'un spécialiste, homme de l'art.
    C'est pour cela que, le sixième jour, le Seigneur créa l'homme et dans sa grande sagesse il eut l'idée de faire appel à une vraie équipe de déménageurs professionnels, les *Gentlemen Déménageurs*

    *Gentlemen Déménageurs*

    pour installer l'Homme dans le Jardin du Luxembourg
    Ils arrivent chez vous de bonne heure, les manches bien retroussées, le pas alerte, et l'œil vif et sans plus tarder vous réclament six litres de café. Puis, après avoir ainsi fait le plein d'énergie, ils se mettent sans plus tarder à faire la causette à vot'dam.
    Bien plus tard ils se saisiront délicatement de vos cartons avec leurs petits poings et les jetteront soigneusement dans un camion garé en triple file sur le trottoir d'en face. Pour les aider et leur permettre d'aller plus vite le jour du déménagement, on vous avait conseillé de préparer vous-même vos cartons deux ans à l'avance, en n'omettant pas de noter lisiblement leur contenu dessus pour que votre emménagement ensuite en soit largement facilité. Selon de récentes études menées par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs en blouses blanches de la SERNAM, le temps que vous consacrez à inscrire au feutre sur les cartons ce que vous y aurez rangé permettra ensuite d'en gagner plus du triple lorsqu'il s'agira de les déballer.
     

    **Pub**

    La fermeture des cartons demande un doigté de professionnel à toute épreuve.
    Et seuls des *Gentlemen Déménageurs* sauront fermer convenablement vos cartons,
    grâce à leur savoir-faire plusieurs fois millénaire hérité de l'Art de la Momie.

    (C'est à dire qu'ils emballent vos cartons avec du ruban adhésif opaque en prenant bien soin de masquer pour toujours vos précieuses inscriptions sur le contenu.)

     

    La copropriété

    mythes et réalité à travers la littérature pan-européenne de science-fiction Hausmanienne et d'autres exemples hétérodoxes extraits de mon expérience personnelle (" Dans la vie, il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux " : article premier du Règlement intérieur de toute copropriété)
    (niveau de difficulté : surréaliste ; pré requis : lobotomie intégrale)

    Lorsque les derniers ouvriers auront enfin déserté votre logement à tout jamais, alors qu'il ne vous restera plus que quelques mensualités à rembourser aux ayants droit de votre banquier, vous goûterez enfin aux délicieux plaisirs d'une aventure bien plus exaltante que le déménagement.
    La copropriété est une chose très sérieuse, dont le fonctionnement est régi par un code de procédure. La plus ancienne version connue de ce code remonte au XIVème siècle avant notre ère et est exposée dans un musée célèbre dont le nom m'échappe mais qui finit en "ou". Ce texte constitutif fixe les rôles bien distincts de la copropriété d'une part et de l'assemblée des co-propriétaires d'autre part ; deux entités bien distinctes mais que l'on a souvent tendance à confondre.
    Or, il faut bien comprendre que la copropriété est à l'assemblée des co-propriétaires ce que le gouvernement d'une république est au parlement, c'est à dire l'organe exécutif d'une assemblée législative. A ce titre, la copropriété doit donc réaliser les objectifs que lui fixe l'assemblée des copropriétaires lors sa réunion ordinaire annuelle, appelée aussi le " bain de sang final ".
    Si personne ne se porte volontaire dans votre résidence, l'assemblée des copropriétaires peut alors également faire appel à un syndic professionnel de copropriété, sorte de gestionnaire de biens immobiliers, syndic de copropriété qui peut alors s'approprier les missions normalement dévolues à la copropriété préalablement accordées à la copropriété par l'assemblée des copropriétaires qui fixe en assemblée générale de copropriété les souhaits propres à chaque copropriétaire. Pour quelques sous de plus, le syndic de copropriété vous proposera de mettre à chaque propriétaire un numéro vert accessible 24h/24 très utile pour se faire traiter comme un chien au téléphone gratuitement.
    On voit donc, à la lumière de ces explications, que copropriétaires et syndic de copropriété sont deux notions fondamentalement différentes. Cependant, dans le langage courant et profane on en parlera fréquemment sans faire le distinguo et une appellation commune à l'un comme à l'autre est devenue " cette sale bande de connards qui gère l'immeuble ".
     
    Examinons à présent de plus près un ou deux cas de jurisprudence classique dans une copropriété afin de nous éclairer sur le genre d'affaire à laquelle celle-ci est régulièrement confrontée.

    Exercice 1 :

    Mon voisin de palier est un dangereux trafiquant d'armes adepte de magie noire satanique qui entasse des cadavres de renards sous son lit et incite les enfants de la résidence à manger leurs crottes de nez. Par sa faute l'immeuble est donc très fréquemment ensanglanté et les enfants très mal élevés.

    Réponse : Dans un premier temps, je peux saisir le syndic de copropriété qui est légalement autorisé par l'assemblée des etc. à envoyer des menaces de mort anonymes à mon voisin.

    Exercice 2 :

    Ca ne suffit pas ! Et ledit voisin poursuit maintenant ses exactions infâmes en cognant frénétiquement sur des percussions africaines après 22 heures et jette de la crème dessert chocolatée par la fenêtre sur les voitures qui font du rodéo sur le parking de la cité où l'on commet des sacrifices humains et autres délits. Tout ça est de sa faute. (extrait d'une lettre anonyme adressée au syndic par le "voisin qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas masqué")

    Réponse : Dans ce genre de cas, difficile mais classique, le syndic peut prendre des mesures coercitives plus sévères comme :
    - uriner dans la boîte aux lettres de mon voisin de palier
    - sonner chez lui en plein milieu de la nuit et s'enfuir en courant.
    Si toutefois, mon voisin ne se calme toujours pas, l'assemblée des copropriétaires peut mandater le syndic pour ouvrir une enquête dans l'immeuble et faire toute la lumière sur l'épouvantable meurtre du colonel Moutarde avec le chandelier dans le petit salon.

    Exercice 3 :

    Supposons à présent (cas standard) que mon voisin du dessus, octogénaire, ancien combattant et ex-international de base-ball passe des dimanches entiers à envoyer de toutes ses forces une super-balle à travers son appartement en poussant des petits cris pour vérifier les réflexes de son chat lequel est pourtant décédé officiellement depuis 1995. Tout l'immeuble lui demande de cesser son vacarme infernal, mais on dirait qu'il n'est pas tout à fait net. Les jeunes du quartier font du trafic d'organe dans les souterrains de l'immeuble sans aucun respect pour la couche d'ozone. Tout ça est de sa faute! Le goudron et les plumes! (extrait d'une pétition anonyme adressée au syndic d'une copropriété par "l'assemblée des copropriétaires qui pensent tout bas ce que d'autres pensent tout bas aussi vengeurs")

    Réponse : Si le phénomène persiste le préjudice moral que je subis risque fort de s'avérer plus lourd qu'il n'y paraît. D'abord simple désagrément, ce bruit incessant deviendra plus incommodant, angoissant, lancinant, obsédant ; je vais progressivement devenir associable, perdre la notion du temps, mon travail, mes amis, le sens de l'orientation et mes cheveux. Un matin, la femme de ménage de l'immeuble me trouvera dans le placard du hall d'entrée, totalement prostré, en pleine conversation avec ma main.
    Dans le langage clinique on appelle cela "toucher le fond".
     
    Et ce n'est qu'au terme de plusieurs années de convalescence passées dans un établissement spécialisé où des infirmières acariâtres en blouse blanche vous injecteront de la crème dessert au chocolat en intraveineuse, que vous pourrez refaire surface. Vous redeviendrez alors à la vie, invincible, bloc d'acier galvanisé, rendu insubmersible par toutes les souffrances surmontées. Cœur vaillant, endurci par vos épreuves désormais passées, vous pourrez affronter la réalité de l'avenir avec une philosophie inébranlable. Le corps médical vous déclarera apte à… vendre votre logement.
    Et là, c'est une toute autre histoire.
    "Monde cruel, tu abuses de moi. Tiens, voilà tes 50 euros."


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