Après une journée de travail harassante certains choisissent de décompresser avec une petite partie de squash,
un bon polar ou se lancent à corps perdu dans une grève de la faim; moi, j'ai contrôle "bucco-dentaire bi-annuel".
Question de standing.
Après une semaine interminable d'insomnies et de cauchemars inclassables,
j'ai enchaîné sur une atroce journée d'angoisse passée à me ronger les ongles des pieds jusqu'aux tibias.
Puis je me suis consciencieusement rendu chez le Dr Jekyll,
mon dentiste, sur les coups de 19h45 avec une soixantaine d'excuses non valables contre mon rendez-vous,
normalement programmé à 17H00.
Avant d'entrer dans le cabinet dentaire, pour me calmer les nerfs,
j'ai fait trois fois la course avec l'ascenseur à travers toute la cage d'escalier,
puis, en nage, je me suis arrêté au premier étage, et effondré à quelques mètres à peine de l'assistante.
Laquelle assistante s'intitule suggestivement Claude, ne porte aucun sous-vêtement, et presque rien par-dessus,
comme il se doigte. Entre deux respirations de tuberculeux,
je déballe alors à Madame Claude une paire de très mauvais prétextes dans l'espoir de me justifier.
"Un tel retard est, je cite, tout à fait inadmissible de la part d'un patient modèle tel que moi".
Je finis en lui proposant de reporter mon contrôle au semestre prochain.
Et pour lui montrer ma bonne foi, j'ouvre un large bec et en sors aussitôt mon agenda (rime très pauvre.)
Trop tard: l'assistante, tout en croquant une grande bouchée d'un sandwich paté-cornichons,
en profite pour me répondre que le docteur est lui-même légèrement en retard sur son planning.
Je peux donc passer dans la salle d'attente; ce dernier mot résonne en moi comme un signal
d'alarme qui précède la crise de panique.
Sur un ton très digne je lui lâche alors qu'elle a de très beaux cornichons,
puis je me dirige vers la salle d'attente,
sans me précipiter et en me demandant ce que j'ai bien voulu dire par-là.
La pièce est étroite et fort mal éclairée.
Au milieu se trouve une table basse en plastique rigide vissée au sol,
et tout autour quelques chaises en plastique rigide vissées au sol.
Un porte-manteau en plastique est encastré dans le mur et un téléviseur vissée
sur une table elle-même vissée au sol dans un coin diffuse en permanence des images envoûtantes
en direct d'un aquarium à requins.
L'ensemble est sonorisé par un fond musical de marches militaires du troisième Reich.
Je ne peux pas vraiment dire pourquoi, mais j'ai la désagréable impression que quelque chose d'étrange
et de désagréable est en train de se tramer.
Je sors illico-presto mon téléphone cellulaire
(un prisonnier me l'a revendu du temps où je faisais de la tôle
pour meurtre au premier degré sur dentiste non armé) dans le but de contracter d'urgence
une deuxième assurance sur la vie,
mais le combiné m'échappe des mains que j'ai déjà moites comme deux esquimaux au soleil.
Je me penche alors pour tenter de ramasser mon téléphone qui se comporte un peu comme un savon mouillé,
lorsque je tombe nez à nez avec une petite larve humaine d'à peine six ans en train de se vautrer bruyamment
au milieu d'une pile de Paris-Match des années 80 préalablement et soigneusement étalés au sol
et qui me file des grands coups d'une soi-disant Épée Laser à Rétro-stalactites qui n'existe
que dans son imagination surentraînée d'illettré sous-doué.
Même pas mal.
Je récupère enfin mon portable et du même geste je pioche au hasard une revue,
espérant qu'un épisode de l'inénarrable saga des Rainier au bal masqué saura me faire oublier
d'un seul coup l'échec cuisant de mon contrôle bucco-dentaire raté et la présence d'un nain
de la catégorie "créatif" qui bondit à 360° en hurlant à la mort et qui, dans un ultime accès de rage,
s'attaque à présent aux chaises à mains nues.
Imperturbable, je lis un article politique de fond sur l'avenir de la pâtisserie monégasque
tandis que le jeune délinquant susmentionné, qui occupe efficacement tout l'espace disponible,
précipite bruyamment une "flotte d'OVNIS de la planète Jupivert" sur un autre tas de journaux innocents.
Puis il les répand soigneusement autour de lui avec ce qui est, selon toute vraisemblance,
un bras biomékanix, tout spécialement importé de la galaxie Puducul-2000 pour l'occasion.
Puducl-2000, une galaxie proche de la notre mais entièrement contrôlée par des créatures d'extrême-droite fluorescentes.
La table basse encaisse, mais ne bronche pas.
Pour ma part, j'assume avec panache ma condition de victime de la haine ordinaire.
Mais un étrange cocktail de sensations ambivalentes se répand en moi:
une dose d'épuisement du système nerveux central et deux doses d'appréhension bucco-dentaire.
Car si je commence à trouver l'imagination de ce cosmonaute malfaisant fort dégourdie, voire débridée,
voire luxuriante, voire pas du tout à mon goût, je ne perds pas pour autant de vue
la raison principale de ma présence sur ce champ de bataille intersidéral.
J'ai peur du dentiste.
Ca n'a rien d'incroyable à croire me direz-vous, tout le monde a peur du dentiste.
Les dentistes eux-mêmes ont peur du dentiste.
En jetant un coup d'œil fébrile vers le poste télé,
je constate avec effroi que la moitié des squales qui y séjournaient à mon arrivée
ont été victimes d'arrêts cardiaques en raison des bruitages du sauvageon dignes
de l'Exorciste 15.000 qui remplissent harmonieusement le volume sonore de la salle d'attente
et qui couvrent assurément d'autres hurlements, plus inhumains encore, qui proviendraient,
pour des raisons évidentes, de la pièce d'à côté...
Entre deux contrôles bucco-dentaires, je fais toutes les nuits le même rêve obsessionnel:
je me trouve dans un lieu mal éclairé où l'acoustique est très médiocre,
ligoté sur un fauteuil à bascule en imitation cuir. Un homme à trois bras s'approche de moi;
il arbore une cravate marron par-dessus un tee-shirt rose fuchsia sur lequel,
malgré ma vision troublée par un épais brouillard d'acide nitrique je parviens à lire les mots:
"Dr. FAUST D-E-N-T-I-S-T-E".
Subitement une énorme pelleteuse mécanique fabriquée en Pologne défonce un des murs de la pièce
dans un fracas assourdissant et tout le monde autour de moi est pris de convulsions en s'apercevant
qu'il s'agit là d'un mur porteur et ma maman ne me répond pas quand je l'appelle.
Lors de mon dernier contrôle bucco-dentaire,
et alors qu'il s'apprêtait à introduire toutes sortes d'objets radioactifs dans ma bouche,
le chirurgien-dentiste a enfilé une paire de gants.
J'interprète toujours ce moment comme un indice déterminant,
car je sais pertinemment qu'il ne fait pas plus froid dans ma bouche que dehors,
donc je vous pose la question à voix haute
"A quoi bon enfiler des gants?"
Par la suite, le praticien a pris un ton désinvolte pour me demander
de lui avouer si j'avais eu récemment des problèmes de santé.
Voici la réponse à faire sans desserrer les dents:
j'ai rapporté du Sénégal diverses maladies infectieuses mortelles,
des maladies dites orphelines pour lequel la recherche scientifique n'a aucun budget,
et dont on ne sait rien sinon qu'elles sont hyper-contagieuses par la bouche.
Une autre formule qui s'inspire de la précédente
(en ce sens qu'elle vise uniquement à gagner du temps)
consiste à essayer de lancer le dentiste sur une discussion argumentée à propos de l'état et
de l'agencement des murs porteurs de son cabinet.
Mais, à ma décharge, je dois dire qu'elle ne fonctionne pas mieux.
Pourtant, à y regarder de près je n'ai pas de raison objective de craindre le contrôle bucco-dentaire.
Comme son nom l'indique, il ne s'agit là que d'un contrôle et la langue française distingue des nuances
formelles très strictes entre l'activité de contrôle bucco-dentaire et celle de perforation bucco-dentaire.
Or, il se trouve que les dentistes qui, par le passé,
sont parvenus à regarder dans ma bouche en plein jour s'accordent à dire que ma dentition est dans un état remarquable.
Je n'ai donc aucun motif de crispation mentale puisque je prends grand soin de mes dents
qui sont très belles et pour lesquelles, je le répète,
j'ai une vive admiration et un profond respect du travail qu'elles accomplissent au quotidien.
Résultat: ma cavité buccale c'est Versailles. Les dorures et l'argenterie en moins.
Tout l'inverse de mon collègue de travail Jean-Jacques qui a la particularité
d'avoir les dents de devant plus pourries que celles d'un cheval à la retraite
et du même coup d'excellentes raisons de redouter, sans aucun discernement toute forme
de contrôle bucco-dentaire. Pour tout dire, au bureau, lorsqu'on a quelque chose à demander
à Jean-Jacques, on préfère plutôt lui passer un petit coup de fil (dentaire) que d'aller le voir en vrai.
Récemment Jean-Jacques a été considéré par un comité d'experts scientifiques
comme un pan entier de la recherche médical à lui tout seul.
Chacun de ses rendez-vous chez le Dr No fait le bonheur de Madame No:
elle pourra se faire offrir un nouveau vison par son dentiste de mari qui s'empressera
de faire passer cet achat dans ses frais professionnels.
Parfois, il peut même se payer le plein de son 4X4 en prime (TVA déductible).
Généralement, le lendemain d'un contrôle, Jean-Jacques arrive à la cantine avec une tête de pastèque,
des petits yeux en trous de pine, et un menu personnalisé:
duo d'aspirine sur sa purée d'anti-inflammatoires sauce aux larmes,
et en dessert un sac de glaçons délicatement parfumé d'un coulis de sang.
Et pour arroser tout ça: un ou deux flacons de bain de bouche pur (à volonté comme il dit).
A l'instant présent, je repense à tout cela et ça ne me fait absolument plus rire.
Mais revenons-en à cette petite vermine totalement déglinguée des nerfs
qui persiste à me jeter à la tête tout ce qui lui passe par la main arguant
du fait qu'il s'agit ni plus ni moins que de boules de feu axtéroïdales.
Vers 20H30, sa génitrice dont je commençais à croire qu'elle était sourde-muette,
décide enfin de commencer son éducation et le réprimande d'un sévère :
"Nicolas, mon lapin, ce n'est pas très aimable pour le monsieur ce que tu fais là tu sais.
Il ne t'a rien fait le gentil monsieur".
Et c'est tout.
Un tel laxisme éducatif de la part d'une mère ne s'est pas vu depuis l'enfance de
Joseph Staline et l'on sait tous ce qu'il en est advenu. Pour ma part,
je n'appelle pas ça une réprimande.
J'appelle cela de l'incitation, voire des encouragements.
Les effets excitants de ces remontrances sur le gnome ne tardent d'ailleurs pas à se faire ressentir,
et, sans le moindre égard pour ma pression artérielle déjà limite,
il intensifie tout naturellement son activité balistique sur mon aimable personne.
C'est alors que sous l'effet de je ne sais quel phénomène de dissociation mentale
certainement dû à un début d'attaque schizophrénique sur mon Moi,
je parviens à dire des choses que je ne pense pas et vice-versa:
Je pense en apparence, cet enfant n'a rien d'un petit lapin à part le Q.I.
Si à son âge il ne veut pas aller chez le dentiste il finira un jour comme Jean-Jacques,
mais il sort de ma bouche :
"Tu as peur du dentiste petit bonhomme? C'est pour ça que tu abuses ainsi de ma patience?"
Pendant ce temps je poursuis le fil de ma pensée.
Pour toute réponse à mes aimables questions, le jeune cuistre m'exhibe une copieuse
crotte de nez qu'il vient de récolter pour la circonstance. C'en est manifestement
trop pour sa mère indigne, qui voulant le réprimander, en oublie littéralement de le
vouvoyer et lui assène un terrible:
"Nicolas mon petit chat, s'il te plait, sois gentil avec le monsieur qui te parle gentiment.
Excusez le, monsieur, c'est son premier contrôle bucco-dentaire et ses copains de classe
l'ont terrorisé avec toutes sortes d'histoires à dormir debout sur les dentistes.
Nicolas, mon poussin, je t'en supplie, range cette crotte de nez où tu l'as trouvée et viens voir maman!"
Je pense, lapin? Petit chat? Poussin? Tout ça ressemble plus à une ballade au zoo qu'à de l'éducation,
mais je dis :
"Ne vous en faites pas pour moi chère madame,
Caliméro est stressé par son contrôle bucco-dentaire,
ça se comprend très bien. Par ailleurs je suis très flatté de recevoir des boules de feu en pleine tête.
Mais vous avez évoqué me semble-t-il des histoires à dormir debout sur les dentistes.
J'ai envie de vous demander ce que vous entendiez par "histoires à dormir debout".
Parce qu'en ce qui me concerne voyez-vous, cela fait plusieurs saisons que
je ne dors plus du tout, même pas debout, à cause de certaines histoires de dentiste précisément…".
Je voudrais tant pouvoir expliquer à cette femme ce qu'est en réalité
le "contrôle bucco-dentaire": une arme mortelle largement employée dans la galaxie Puducul2000.
A cet instant précis, le Dr. Faust fait son entrée dans la salle d'attente accompagné
de son Assistante Masquée, j'ai nommé Mme Nadine Amok, et annonce d'une voix que je perçois
nettement comme d'outre-tombe
"Nipepsi Nicolas s'il vous plaît ?"
Dommage qu'il ne s'agisse que d'un contrôle bucco-dentaire, j'aurais tellement aimé entendre siffler
la fraise sur tes petites dents délicates. Je me pince les lèvres pour réprimer un large sourire
pendant que la mère ramasse son sac et mon assaillant et quitte la salle d'attente,
me laissant seul face à l'éternité. En les voyant sortir, je me dis que je commanderais
volontiers du lapin aux pruneaux.
Mais je réalise très vite que ça pourrait bien être là ma dernière volonté.
Car me voilà à présent seul dans cet endroit mal éclairé et sans plus tarder,
je commence à me crisper tranquillement sur mon propre contrôle bucco-dentaire.
Quelques instants passent pendant lesquels j'imagine mon jeune agresseur ligoté
sur le fauteuil en simili-cuir du docteur Mabuse. Peu à peu, je suis pris d'un sentiment
de remord que j'attribue surtout au fait que mon heure approche et j'ai un haut
le cœur en repensant à cette chère tête blonde qui était parmi nous il y a encore
quelques minutes et à sa crotte de nez.
Saisi d'une immense tristesse, je choisis
de me changer un peu les idées et me lance donc immédiatement dans une auscultation
approfondie des murs de la pièce. Soudain, l'oreille collée aux cloisons comme une
ventouse, j'entends le roulement caractéristique de la fraiseuse, couverte aussitôt
par des hurlements inhumains. Et puis plus rien.
De quoi, de quoi?
C'est pas du tout un contrôle bucco-dentaire ça!
Il n'y a pas de roulette au contrôle! Trois pensées me passent à toute vitesse à travers la tête:
Un, la roulette est totalement hors-programme. Deux, le dentiste n'a pas le droit. Trois, j'ai envie de mourir.
Je commence à jongler sérieusement et pour garder mon sang-froid je fais
quelques exercices respiratoires de relaxation que j'ai appris chez les
paras sensés dissiper toute forme d'angoisse dans les situations de stress.
Mais je dois les faire à l'envers ou quelque chose du genre parce que
je sens au contraire la crise monter inéluctablement à mesure que je me
repasse en quatrième vitesse le film de ma vie pour être sûr de ne rien oublier:
mon premier traumatisme bucco-dentaire bi-annuel à l'âge de six ans
(où j'ai eu les félicitations du jury), mes dents de lait sous mon édredon,
l'orthodontie qui m'a fait la bouche en fermeture éclaire pendant le plus clair
de mon adolescence, tout y passe.
C'est alors qu'une voix féminine traverse mon délire de part en part:
- Monsieur l'Oracle?
- Oui?… Je veux dire NON!
- Vous êtes monsieur l'Oracle c'est bien ça?
- Oui mais non. Je viens de partir. J'ai eu un petit malaise et puis voilà, je suis parti.
C'est un peu compliqué je sais, mais dîtes vous seulement que ce que vous voyez là n'est PAS la réalité.
En fait, je ne suis pas là.
- Excusez-moi monsieur, mais je dois vous….
- Ne dites rien, j'ai deviné: vous avez bousillé la fraise sur des os de lapin.
Pourquoi, bande de sadiques, pourquoi? Perqué? Warum?
- Pas exactement, en fait…
- Allez-y emmenez-moi, je n'opposerai aucune résistance, finissons-en dis-je,
la tête enfoncée dans les genoux et les mains derrière le dos.
- Non, le docteur Faust me demande de vous dire qu'il ne pourra pas vous prendre aujourd'hui.
Le petit Nicolas lui a jeté des boules de feu et pour les esquiver,
le docteur a reculé et s'est blessé avec sa fraise.
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"Tout va bien... Pourquoi, mon dieu, pourquoi ???" |
Petit guide méthodologique
pour l'achat d'un lave-linge
Les statistiques sont formelles. Dans une société
hyper-moderne, 100% des utilisateurs sont un jour confrontés
à l'horreur d'une panne totale de leur lave-linge. Une
panne toujours très douloureuse et dont la gravité
peut parfois nécessiter jusqu'à l'application de
l'article d'une loi dite Loi Mère Denis, sous-entendu l'intervention
armée de l'OTAN.
introduction
- Contrairement à la croyance
populaire, se lancer à corps perdu dans une bonne crise
de lave-linge (le genre de crise que vos voisins suivent attentivement
penchés à la fenêtre d'en face) n'est pas
à la portée du premier couple venu.
- Exemple : soit un couple composé de deux jeunes cons
tatoués qui disent ta mère tout le temps, qui portent
des pantalons de surf en fumant du shit frelaté dans leur
clapier du XIIIème arrondissement et pratiquent l'art
du total-piercing en plein air en écoutant un groupe de
rap intitulé " Contenu intestinal "; naturellement,
comme tous les jeunes cons de leurs mères d'aujourd'hui,
leurs projets d'avenir à deux se limitent strictement
à :
1) trouver un ouvre-boîte
2) ouvrir ce putain de bocal de sauce bolognaise pour les spaghettis
au shit qui sont déjà complètement collés
dans la casserole
Aucun doute, une panne de lave-linge passera totalement inaperçue
dans un tel panorama. Pourquoi donc ?
- Premièrement, pour qu'une panne de lave-linge ait
quelque chance de dégénérer en massacre
à la tronçonneuse, il est indispensable que le
paramètre " Tension au sein du couple "
soit réglé au préalable sur "explosif
". Une bonne préparation physique et mentale des
partenaires, mais surtout un profond désir de saisir le
premier prétexte qui passe pour solder les comptes et
se foutre enfin sur la gueule.
- Deuxièmement, parce que les jeunes punks de notre
exemple ne lavent jamais leur linge puisque les haillons qu'ils
portent sont directement rivetés à leur épiderme
de leurs mères par l'intermédiaire desdits piercings.
-
- Observons alors le cas typique d'un
couple moderne et insouciant, vivant d'amour et de crème
fraîche à l'ombre d'une machine à laver le
linge encore en état de marche. Situation classique :
le jeune couple nourrit notoirement des ambitions scandaleuses
de mariage contre l'avis unanime des deux familles ultra-conservatrices,
les Montaigue et les Capulet. Il reçoit
tous les dimanches un coup de fil de sa mère qui l'appelle
pour hurler soigneusement le verbe "déshériter
" au téléphone plus de seize mille fois dans
la conversation tandis qu'Elle traverse
une phase existentielle pénible et interminable (conséquence
naturelle d'une récente prise de poids de Oh mon Dieu
150 GRAMMES) phase dont le titre pourrait bien être "
Je suis pas ta bonne ".
-
- Or, de nos jours, les machines à
laver le linge ont acquis suffisamment de technologie sophistiquée
pour lire dans les pensées de leurs propriétaires
et perçoivent ainsi toute saute d'humeur dans un rayon
de 300 mètres, même à travers les murs. Patiemment,
le lave-linge va attendre de détecter dans la maison les
premières manifestations classiques de nervosité
indiquant que le couple est désormais tout disposé
à se donner en spectacle à toute la copropriété.
Comme il a déjà décidé de ne plus
rien essorer depuis l'appel téléphonique dominical
de la semaine passée, le lave-linge sait alors qu'il pourra
très bientôt s'offrir une retraite anticipée
dans une ambiance typiquement shakespearienne.
- JULIETTE
- Mon Roméo, je pars dans dix minutes chez ma
mère pour une semaine.
- Il faut donc im-pé-ra-ti-ve-ment que je te
montre comment faire tourner une lessive avant de m'en aller.
ROMEO
- (sur un ton forcé)
- Ma Juliette, pour être tout à fait franc,
je n'osais pas te le demander.
JULIETTE
- Mon Roméo,
- la machine n'essore plus depuis le dernier coup de
fil de TA mère donc il faut que tu passes ta main derrière
et que tu presses le petit bouton gris juste entre les deux grosses
vis et les gros fils dénudés qui dépassent
du petit truc vert en forme de tête de mort....
ROMEO
- (taux de mauvaise foi dans la voix: maximum)
- Attends, avec tout le respect que je te dois,
- j'ai souvenir d'avoir lu un jour quelque part que
taquiner des fils dénudés qui sortent d'un truc
en forme de tête de mort à une heure aussi tardive
présentait un danger très réel pour ma santé.
- Donc je ne le fais pas.
- Une autre question ma Juliette ?
- JULIETTE
- Ecoute moi bien salopard :
- je fais cette périlleuse cascade dans le lave-linge
deux fois par semaine pour laver tes slips qui puent,
- alors dépêche toi d'appuyer sur le bouton
gris
ROMEO
- (mauvaise foi : no limit)
- Haha ! Tu es en train de me dire que tu risques ta
vie pour moi deux fois par semaines c'est bien ça ?
- Très bien. Je vais le faire mais à
une condition.
- Tu veux peut-être savoir laquelle non ?
JULIETTE
- (excédée)
- NON ! Je m'en fous !
ROMEO
- J'exige un enterrement pas trop m'as-tu-vu, quelque
chose de sobre et j'exige également qu'on y passe ma chanson
préférée, celle qui fait
- " Le lundi au soleil, c'est une chose qu'on
n'aura jamais... ".
- (Lyrique)
- Oh mon dieu, mais tu réalises que c'est Claude
François qui chantait ça !
- Et sais-tu seulement, malheureuse, pauvre inconsciente,
dans quelles circonstances atroces ce pauvre garçon nous
a quittés ?
JULIETTE
- (menaçante)
- Arrête de me chier dans les bottes et écoute
moi très attentivement petite vermine !
- Si tu t'obstines à refuser d'apprendre à
faire tourner du linge en mon absence,
- j'annule immédiatement mon départ et
à la place,
- je fais venir ici mon père,
- ma mère,
- mes frères
- et mes soeurs.
- Et en prime, je te pète ta petite gueule de
Roméo.
-
- Immédiatement après
cet échange courtois, tout est allé très
vite : j'ai plongé mes deux mains dans la machine, des
fils dénudés qui traînaient se sont touchés
provoquant une splendide gerbe d'étincelles qui faisait
plaisir à voir, une forte odeur de thon grillé
a envahi l'appartement et la machine ne s'est plus jamais allumée.
Dans cette atmosphère que je qualifierai volontiers d'électrisée,
j'ai alors entendu un hennissement délicat qui disait
à peu près ceci " Maintenant salopard,
dévisse ton gros cul du canapé et va immédiatement
acheter une nouvelle machine pour ton linge pourri ! ".
Le magasin
- Je me rends donc d'un pas décidé
chez l'un de ces gros trafiquants d'électro-ménager
en vogue de nos jours et que nous appellerons (afin de respecter
son anonymat et mes lecteurs rappeurs du début) TyDar.
Si je fais ce choix c'est parce que leurs magasins répondent
parfaitement aux nouvelles normes commerciales destinées
à faciliter la vie du consommateur assoiffé que
je suis, à savoir :
sponsorise les
bulletins météo télévisés
erronés de 20h30
doté d'un
parking suffisamment grand pour posséder son propre climat,
surpaye des publicitaires
à l'humour plus que douteux pour concevoir des slogans
comme " Si vous trouvez moins cher ailleurs, c'est
qu'on vous a mis gros comme càaahahahaaaa ! "
possède
toute les gammes d'appareillages électro-ménagers,
y compris les plus avant-gardistes comme le four connecté
à Internet qui peut ainsi communiquer avec tous les autres
appareils de la maison, ce qui lui permet par exemple de coordonner
les diverses pannes et de les programmer en conséquences
pour qu'elles se déclarent toutes en même temps,
plus exactement le 31 décembre à 20h00, alors que
les belles-mères respectives (dénommées
ci-après la Peste et le Choléra) viennent de s'inviter
chez vous pour le réveillon
pratique des crédits
à la consommation d'une simplicité déconcertante
qui vous autorisent de vous endetter en un clin d'il auprès
d'organismes de crédit détenus à parité
par la pègre de Palerme et les triades de Shangaï,
qui vous laissent le choix entre échelonner vos remboursements
sur trois, quatre ou cinq générations
vend d'astucieux
contrats de prolongation de garantie appelés dans le milieu
" Contrat sur votre tête ".
Rédigés en sanskrit dans une typographie de la
taille d'une molécule d'azote et sortis sur une imprimante
à jet d'encre sympathique. Prix de ces contrats de prolongation
? Votre numéro de téléphone composé
depuis l'étranger
etc.
-
- Planté au milieu de cet immense
Jardin d'Eden de l'Eléctro-Ménager, je me sens
comme écrasé sous le poids de cette débauche
ininterrompue de réfrigérateur-congélateur-aspirateur,
de cuisinière-four-ramasse-miettes et autres téléviseur-malaxeur-rince-doigts-de-luxe,
qui s'étalent lascivement dans un décor de science-fiction
aseptisé occupant une vaste surface carrelée que
j'estime environ à trois fuseaux horaires. Sans que ca
ne me rassure en quoi que se soit, je constate alors que je ne
suis pas seul.
Le personnel
- En effet, le lieu est infesté
de vendeurs-rabatteurs-autocuiseur. Le mien, un dénommé
craM, qui, outre qu'il présente toutes les caractéristiques
du criminel de guerre toxicomane et dépressif porte son
badge à l'envers, ne cesse de me répéter
sur un ton hypnotique que " vous ne pouvez pas prendre
le risque de vous dispenser de la prolongation de garantie d'un
an surtout lorsqu'elle est en promotion ", pendant
qu'une vendeuse hystérique, formée aux techniques
de vente modernes, bondit d'un presse agrumes à l'autre
en glapissant à tue-tête qu'il y a des soldes en-veux-tu-en-voilà
sur les sacs à poussière pour aspirateur-décapsuleur-brumisateur.
- Je n'ai malheureusement pas le temps
de me rendre à la réalité (qui est que ces
gens et cet endroit sont possédés par Satan), car
je m'entends dire (dans un état de semi-conscience léthargique
dû à des rayons gamma-affaiblissants qui émanent
du plafond du magasin et les yeux de craM)
- - tout, je veux tout, oui, donnez-moi le gauffrier-balladeur-dictateur
de Lustucru à double malaxage péridural avec toutes
ses options y compris Son et Lumière de Chambord, et Apprendre
la botanique en s'amusant pendant que je vais de ce pas hypothéquer
mon épouse et mes enfants pour acheter absolument tout
ce qui vous plaira craM, dites seulement moi où je dois
signer.
Complètement stone, je marche à reculons en cherchant
une sortie qui n'est pas indiquée.
Lorsque je reprends enfin mes esprits,
la bouche pâteuse, je tiens dans mes mains tremblantes
un épais dossier rose intitulé " Bon
de commande : Vous êtes fait comme un rat "
et je ressens comme une irrépressible envie de me laver.
Par la suite je consulterai régulièrement un psychiatre-psychanalyste-décorateur
pour une thérapie personnalisée conçue pour
m'aider à vivre avec ces horribles souvenirs.
Le lundi au soleil...
- Des années ont passées
; les hivers ont succédés aux printemps, la droite
à la gauche et vice-versa, de déménagements
en déménagements les enfants sont devenus grands,
etc. lorsqu'arrive enfin le grand jour : la livraison.
Les livreurs
- Or donc ce matin là, vers cinq
heures et demi, je suis alerté par les hurlements inhumains
et peu discrets des locataires du premier (les Thénardiers)
torturés par la bande de livreurs-déballeurs-percollateurs
qui cherchent absolument à savoir je cite, " à
quel étage il se planque ".
- Utile précision à ce stade: je vis au dernier
étage d'un immeuble sans ascenseur mais qui présente
la singularité d'avoir une cage d'escalier classée
ND18 (Niveau de Difficulté 18 pour la Ligue Française
de Varape). Lorsqu'ils apprendront qu'il leur reste encore quatre
volées de vingt-huit marches à escalader mes livreurs
prendront forcément le temps de s'arrêter à
chaque étage pour se défouler un peu sur tout ce
qui bouge. Je dispose donc de quelques minutes devant moi pour
me faire doucement à l'idée d'être bientôt
l'heureux propriétaire d'une nouvelle machine à
laver mon linge pourri.
- L'excitation est à son comble quand je jette un il
anxieux à travers le judas. Je vois alors un muscle géant
de 800kg, tatoué d'une tête de mort (ce qui n'est
pas sans me rappeler quelque chose, mais quoi ?) :
- MOI
- (de ma voix la plus grave possible)
- Qui est là ?
LE BICEPS GEANT
- C'est les livreurs de chez TyDar, mademoiselle.
- On vous a ramené un petit pot de miel et une
motte de beurre.
MOI
- Donnez moi le mot de passe !
UN AVANT BRAS
- Le mot de passe c'est " Le lundi au soleil
", hahaha !
- Ouvre ! Salope !
- Nique ta mère !
-
- Certains magnats de l'électro-ménager
n'hésitent pas à vous vanter l'excellence inégalable
de leurs services de livraisons-installation-destruction à
domicile.
- Je constate avec une inquiétude non-dissimulée
que la horde de livreurs qui vient de massacrer mes voisins en
exclusivité se compose en majorité de vétérans
du Vietnam récemment échappés du pénitencier
de Sing-Sing où ils avaient vraisemblablement suivi un
régime alimentaire très stricte à base de
beurre d'ours polaire adulte. Par atavisme, la tribu s'organise
autour d'un chef de meute sanguinaire et haltérophile
de naissance qui a été désigné parce
que :
son QI est exactement
égal au nombre d'articles qu'il doit vous livrer
à plusieurs
reprises par le passé, il a déjà mangé
de la chair humaine
-
- En moins de temps qu'il ne me faut
pour hurler " Au secours !", les livreurs-installateurs-démonstrateurs-percolateurs
enclenchent la Première Phase de la Livraison qui est
le terme technique pour désigner l'action de jeter par
la fenêtre tout corps, vivant ou non, qui se trouve sur
leur trajectoire. Puis, dans ce qui reste du salon, avec leur
petits poings délicats ils défoncent poliment l'emballage
blindé de la machine, la déposent sur le toit de
l'immeuble et me confient solennellement les précieux
morceaux de polystyrène extraits de l'emballage. C'est
alors que, poussant de petits rires stridents de larves, ils
déchirent le bon de garantie et le mode d'emploi avec
leurs dents avant de vider les lieux.
- Dans tous les sens du terme.
Le mode d'emploi
- Le livret d'utilisation déchiré
contenait :
trois feuillets
bien distincts marqués " TRES IMPORTANT ! ! ! LIRE
CE PAPIER EN PRIORITE ! ",
un mode d'emploi
datant du XIVème siècle pour manoeuvrer des portes
d'écluse,
un bon de réduction
de trois francs à valoir sur mon prochain achat de lave-linge
et un extrait
du code pénal qui me rappelle qu'il m'est formellement
interdit de me débarrasser du polystyrène, même
après ma mort, et que je dois donc d'ores et déjà
prévoir de la place dans mon cercueil pour être
enterré avec.
- La procédure d'installation
de ma nouvelle machine à laver est d'une simplicité
enfantine :
1) branchez l'appareil sur une alimentation 220V-50Hz triphasée
2) chargez le tambour avec de la lessive, de l'assouplissant,
et du linge obligatoirement tâché au sirop de betterave
du Nevada
3) fermez la porte de la machine (pour empêcher le linge
de s'enfuir)
4) enfoncez la touche " Marche/Arrêt " avec les
doigts qui ne sont pas restés coincés à
l'étape précédente
5) Constatez que rien ne se passe et appelez la hot-line, service
de dépannage par téléphone.
La hot line
- En cas de panne d'un appareil électro-ménager
(situation totalement extravagante si l'on en croit le mode d'emploi),
les constructeurs avertis ont travaillé à développer
des solutions parfaitement adaptées aux besoins de chaque
client. Généralement le service de maintenance
fixera avec vous une date d'intervention en fonction des horaires
de passage de leurs réparateurs agrées (la fréquence
de passage d'un réparateur agrée dans votre quartier
est fonction proportionnelle des passages de la comète
de Halley).
- Pour les plus pressés, il existe néanmoins
un service individualisé d'assistance téléphonique
24h/24h appelé hot-line : pour seulement 2.23f par minute
la hot-line vous offre alors la possibilité d'écouter
à l'infini une version originale des Quatre Saisons du
compositeur italien Darty (remixée par DJ Cram). Ceci
doit vous permettre de relativiser vos petits soucis de lave-linge
en songeant aux très grands malheurs qui accablent en
ce moment les personnels de la hot-line, lesquels sont, selon
toute vraisemblance beaucoup trop perturbés dans l'immédiat
pour vous répondre.
- Après seulement 7 années
d'attente et 7 années de vaches maigres (ceci est une
hyperbole humoristique, en réalité je n'ai attendu
que quatre ans de chaque), une technicienne s'est décidé
à prendre mon appel au secours et au téléphone
:
LA TECHNICIENNE
- S.O.S maintenance dépannage assistance sauvetage
en haute mer 24h/24h 7j/7 365 jours par an c'est quand vous voulez
j'écoute quel est votre problème ?
- MOI
- Bonjour, en quelle année sommes nous ?...
LA TECHNICIENNE
- Est-ce qu'il peut parler plus fort S.V.P je ne l'entends
pas !
- J'écoute quel est votre problème ?
MOI
- Voilà.
- J'ai un souci avec mon lave-linge.
LA TECHNICIENNE
- Il a seulement un souci ou une situation totalement
extravagante ?
- J'écoute quel est votre problème ?
MOI
- Pour ne rien vous cacher, il est en panne voyez-vous
?
- Il ne fonctionne pas.
- Je veux dire qu'il ne se déclenche pas.
- Le lave-linge.
LA TECHNICIENNE
- Est-ce qu'il a pensé à sortir l'appareil
de son emballage ?
MOI
- ? !
LA TECHNICIENNE
- Je suis obligée de lui poser ces questions,
c'est la procédure.
- A-t-il pensé à appuyer sur le bouton
marche-arrêt ?
MOI
- Affirmatif.
LA TECHNICIENNE
- (suspicieuse)
- Il en est sûr ?
- Ou alors il est encore un de ces satyres qui appellent
pour des pannes alors qu'ils n'ont même pas enfoncé
le bouton marche-arrêt ?
- MOI
- Mais non voyons, j'ai appuyé même plusieurs
fois dessus !
LA TECHNICIENNE
- (sur un ton horrifié et accusateur)
- PLUSIEURS FOIS ? Il a appuyé plusieurs fois
sur le bouton?
- Il n'a donc pas confiance dans notre matériel
?
- Pour quoi avez vous appuyé plusieurs fois,
monsieur ?
- Pourquoi il a fait une chose pareille, pourquoi,
POURQUOI ?
- (en aparté mais assez fort pour être
entendue jusqu'à La Rochelle)
- Solange, j'ai un satyre qui a appuyé plusieurs
fois sur Marche/Arrêt, tu te rends compte !
-
- SOLANGE
- ca fera jamais que le sixième aujourd'hui
MOI
- (troublé)
- je...je ne sais pas...c'est
LA TECHNICIENNE
- Et bien je vais lui dire moi pourquoi il a fait ça.
- Il a appuyé plusieurs fois sur le bouton parce
qu'il n'a tout simplement pas lu la notice d'emploi et parce
qu'il n'a aucune confiance dans notre produit et aussi parce
que c'est un détraqué et un maniaque dépravé.
- Tu as appelé la hot-line en espérant
que je n'y verrai que du feu n'est-ce pas, petite vermine ?
- Allez avoue !
MOI
- (entre deux sanglots)
- oui, j'avoue que j'ai appuyé plusieurs fois
de suite sur le même bouton, je...j'ai tellement honte
vous savez....
LA TECHNICIENNE
- Parlez plus fort monsieur le satyre! !
- Il n'avait absolument pas le droit d'appuyer plusieurs
fois, c'est formellement interdit !
- Il n'a que ce qu'il mérite !
- A présent, il est seul, totalement seul face
à son lave-linge, dans cette solitude des condamnés
qui ont commis l'irréparable et qui doivent expier dans
l'éternité des lendemains désespérés...
MOI
- mais...
LA TECHNICIENNE
- Ne me coupez pas ordure, ou j'appelle la police !
Conclusion
- Après avoir solennellement reconnu que j'avais appuyé
à plusieurs reprises sur le bouton marche-arrêt
dans l'intention criminelle et délibérée
de nuire à mon lave-linge, j'ai enfin obtenu de la technicienne
qu'elle m'indique la procédure à suivre pour me
faire pardonner. Il suffit tout simplement de presser le petit
bouton gris entre les deux fils dénudés qui dépassent
du...
-
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"Frappe-moi société,
oh oui, frappe-moi encore ! " |
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de page
Petit guide méthodologique à l'usage de ceux qui ont l'intention
de devenir propriétaires d'un logement
Des soubresauts technologiques considérables
sont survenus tout récemment dans un domaine de la recherche
scientifique aussi pointu que la paléontologie unifiée;
ils donnent aujourd'hui à penser que la théorie
classique de la sédentarisation de l'espèce humaine
est en passe d'être révisée de fond en comble;
ce que je me propose justement de faire devant vous en même
temps que je mange une crème dessert au chocolat; ce record
est homologué sous le contrôle de maître Tapir,
huissier à mi-temps et chirurgien orthopédiste lorsque
l'occasion se présente.
-
- Si l'on
en croit l'honorable professeur de spéléologie
oecuménique à l'université de Køvenïnghÿnbûrg
au Danemark Otto Von Herringsburgerwithcheesandonions, l'unique
processus organique déclencheur de l'inhibiteur ontologique
migratoire du néandertalien dérive linéairement
des mesures compensatoires chroniques ftales présentes
chez tous les spécimens du Crétacé supérieur
gauche ou quelque chose du même genre. Or selon moi, tout
cela n'est que foutaises septentrionales et j'ajouterai si j'en
avais le temps que je ne peux que déplorer une telle attitude
dans le milieu pourtant aussi respectable que celui de la paléontologie
structurelle de l'Ecole Danoise.
Après pas mal de dizaines de milliers
d'années d'errance, d'arbre en marais, de marais en cavernes
et de cavernes en grottes minables squattées par des tigres
à dents de sabre, l'homme du néandertalien, lassé
de tout ça, s'est dit qu'il était grand temps de
se trouver un logement bien à lui pour poser sa grosse
fraise. Les cinq cent milliers d'années qui suivirent
furent consacrés à visiter plusieurs dizaines de
cavernes miteuses, sans eau courante, squattés par des
ours aux pattes ailées, il s'est enfin dégotté
une petite caverne Bouygues bien sympa, au bord de la mer, avec
une vaste terrasse, exposée plein sud et sans vis à
vis; aussitôt après, il a été contacté
par l'équipe de l'émission C'est mon choix. Puis
environ 300.000 ans plus tard, les meubles de cuisine qu'il avait
gagnés au Juste Prix lui étaient enfin livrés.
Sur la boîte aux lettres devant le jardin, on pouvait lire
M. MAGNON Cro. L'Histoire pouvait commencer.
- Dans des domaines fort variés des sciences mais également
des arts, la quête d'un logement s'est affirmée
comme une thématique incontournable. La littérature
antique, par la voix de l'un de ses plus illustres auteurs, s'est
penchée sur la question immobilière. Homère
Simpson le premier, a choisi de relater dans son poème
épique à succès, ce qu'était cette
épopée. Son héros Ulysse, alias Harrison
Ford, erre sans fin d'une terre à l'autre, fuyant courageusement
les dangers qui l'assaillent. Pour ceux qui veulent se cultiver
et lire dans le texte le plus grand poète de l'Antiquité,
ils n'ont qu'à regarder le film Les Douze Travaux d'Ulysse
(à titre d'indication on citera le travaux le plus célèbre
: remplacer le carrelage de la salle de bain d'Augias). Pour
résumer vite fait, on peut dire sans trop forcer sur le
jeu de mots que c'était une vraie galère.
-
-
Le rendez-vous à l'agence
immobilière
(niveau de difficulté : inhumain ; pré requis
: valium ou tout autre anxiolytique dosé 10.000.000mg)
- L'immobilier n'est pas un marché,
c'est une religion ! Comme toute religion, elle trimbale son
cortège de fidèles et de faux-prophètes
dans une sorte de temple qu'on appelle l'Agence.
Lorsque vous entrez dans l'un de ces temples, un prêtre
assermenté vous prend immédiatement en charge et
vous inculque les quelques rudiments élémentaires
du dogme : " Honore tes dettes", " Tu ne discuteras
point les prix ", " C'est à prendre ou à
laisser ".
Cette formalité accomplie, vous passerez alors à
l'initiation au cours de laquelle on vous bandera les yeux solennellement.
Puis, après vous avoir fait tourner trente-trois fois
sur vous-même, le Grand Prêtre lui-même vous
dira "Combien j'ai de doigts ?" et si vous
répondez "Douze !", il vous tiendra
alors la main pendant qu'on vous fera signer au bas de plusieurs
pages totalement blanches, sous la mention que vous rédigerez
" Lu, relu et approuvé ". Alors seulement,
le Grand Prêtre prononcera à votre oreille le nouveau
nom de baptême que vous porterez désormais pour
le restant de votre existence "pigeon".
Au cours de cette séance initiatique, d'autres agents
immobiliers chaussés de sandales en cuir et vêtu
du maillot de l'O.M. tourneront autour de vous en psalmodiant
une mélopée envoûtante ponctuée par
la formule hypnotique " Nedîtesrien-Jaiexactementcequilvousfaut
".
Plus tard, en fréquentant l'Agence et ses personnels,
vous apprendrez un jour que l'agent qui gère votre dossier
a été recruté sur une batterie de tests
très rigoureux dans lesquels les candidats doivent se
mesurer intellectuellement à un rouleau de papier aluminium.
En cas d'échec à ces tests, le candidat était
immédiatement embauché.
Comme tout le monde le sait, toute tentative
de dialogue prolongé avec un agent immobilier réclame
de la part du sujet une abnégation et un sang-froid hors
du commun. De par ma longue formation à la Sorbonne (j'ai
longtemps servi le plat du jour au restaurant universitaire)
j'ai été moi-même amené à réaliser
de multiples expériences en laboratoire sur des simulateurs
d'agences immobilières. A vrai dire, j'en étais
le cobaye. Ces appareils de réalité virtuelle sont
capables de recréer ainsi l'ambiance hyperréaliste
d'une conversation type avec un agent immobilier et d'en mesurer
les effets sur votre comportement :
- MOI
- (tout en dégustant une crème dessert
au chocolat)
- bonjour je cherche un appartement de trois pièces
situé en centre ville dans un immeuble moderne en étage
élevé,
- qui soit lumineux,
- et si possible déjà raccordé
à la terre s'il vous plaît merci.
L'AGENT IMMOBILIER
- Nedîtesrien-Jaiexactementcequilvousfaut, je
peux vous proposer ce qui est assurément le plus beau
produit actuellement à l'agence, un ancien monastère
franciscain à retaper dans les Cévennes pour la
modique somme de 297 godzillions de francs.
MOI
- et les frais d'agence?
L'AGENT IMMOBILIER
- (m'offrant un mouchoir pour essuyer mes larmes)
- 10%, payable d'avance et en petites coupures
MOI
- Ne perdons pas de temps en visites inutiles monsieur
l'agent,
- je suis quelqu'un de très influençable,
- où dois-je signer ?
-
- Lors de telles expériences,
j'étais exposé des heures durant et sans aucune
protection au raisonnement cru d'un agent immobilier; mon corps
viril était recouvert de capteurs électriques posés
par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs en blouses
blanches. Les effets que produit sur mon métabolisme le
discours commercial d'un agent immobilier étaient ainsi
mesurés et les données injectées dans un
ordinateur qui les interprétait en temps réel.
Les résultats étaient invariablement les mêmes
: frissons, suées, crispations, crampes d'estomac, bouffées
de chaleur, angoisse, crises de nerfs, tétanie, incontinence,
mélancolie, dépression, meurtre.
-
J'ai acheté un " très
beau produit " dans lequel je fais faire des travaux et je
vais le regretter
( niveau de difficulté : nuit gravement à la
santé ; pré requis : 50 grammes de marijuana pure
en une seule prise )
- Nouvel acquéreur "d'un
des plus beaux produits de l'Agence", vous voilà
donc ruiné.
Peu importe, puisque ce n'est plus de finances dont vous aurez
alors besoin, mais de patience et croyez en mon expérience
dans ce qui va suivre vous n'en aurez jamais assez. L'agence,
c'était du gâteau au fromage à côté
de ce qui vous attend si vous choisissez de faire faire quelques
menus travaux de rénovation dans votre "plus beau
produit de l'agence"
Commençons cette section sur les
Travaux par un petit conseil d'ami : méfiez-vous comme
de l'eau qui dort de cet entrepreneur qui jure sur la tête
de ses trois pères que les travaux à faire dans
votre nouvelle résidence ne lui prendront jamais plus
de trois mois. Comme il s'agit aussi de la durée du préavis
que vous devez à votre actuel propriétaire, M.
Thénardier, vous le leur adresserez aussitôt, inconscient
que vous êtes, dans le fol espoir de quitter votre taudis
de location au plus vite pour emménager dans votre "très
beau produit". Jusque là, le timing semble parfait.
C'est un très mauvais signe.
Attendez-vous alors à ce que des " imprévus
", sans préavis eux, surviennent en cours de chantier
dans votre logement. Vous apprendrez de la bouche du même
entrepreneur susmentionné qu'une violente épidémie
de scorbut infectieux a décimé ses équipes
d'ouvriers, que les remplaçants sont sur un chantier en
Nouvelle Zélande, et que tout ceci l'empêche malheureusement
de respecter les délais qu'il vous avait promis; vous
quitterez alors votre trou à rat prématurément
et serez contraint d'emménager dans un projet de logement.
Nous reproduisons ici une conversation téléphonique
telle qu'elle se déroule typiquement la veille de votre
déménagement (extrait de l'ouvrage le B.A.BA du
B.T.P) :
- Allô, Monsieur l'entrepreneur
? Oui, ici Ulysse à l'appareil, vous vous souvenez de
moi ?
- Lui-même, c'est cela, le misérable
sodomite pour lequel vous deviez finir des travaux cette semaine.
Dîtes-moi voir, comment-allez vous ?
- Vous vous sentez bien ?
- Je veux dire pas de nouveau virus mortel à
l'horizon?
- Bienbienbien, parfaitfaitfait, je suis vraiment
content pour vous,
- vous trouvez que j'ai une drôle de voix
? Non, non, c'est juste que lorsque je vous parle, j'ai des larmes
qui me viennent toutes seules
- je ne vous en veux absolument pas rassurez-vous,
je crois juste que c'est le destin qui s'acharne, voyez-vous?
Je suis juste un peu préoccupé voyez-vous par la
santé mentale de mon épouse, Pénélope,
qui tient absolument à vous exterminer de ses propres
mains, et pense beaucoup de mal de votre mère
- une dame charmante je suis sûr, elle ne
la connaît pas tout simplement
- Enfin! Bon, allez., je ne veux pas vous mettre
plus en retard que de besoin, il est déjà quatorze
heures trente et je sais que vous n'avez pas encore pris votre
petit-déjeuner, alors passez donc une bonne demi-journée,
on garde le contact et puis surtout, ne vous cassez pas la tête,
mon épouse vient de me dire qu'elle s'en charge.
- Au chapitre des travaux, il convient
de s'attarder quelque peu sur le sujet de l'installation électrique.
- Si comme moi, vous faîtes appel à un électricien
professionnel c'est sans doute parce que pour vous aussi, l'électricité
correspond à une file indienne de minuscules flèches
jaunes et surmontées d'un V, dont vous êtes persuadé
qu'il y en a à peu près 220 qui essayent de rentrer
chaque minute dans votre maison par les prises de courant. Vous
devez savoir alors que les électriciens professionnels,
qui sont souvent des prix Nobel de physique contrariés,
conçoivent l'électricité exactement de la
même façon que vous. En somme, avec eux, l'électricité
n'est plus savante mais purement intuitive.
Et si vous apercevez votre professionnel
de l'électrique en train d'étaler sur votre parquet
de la tourbe fraîche, dîtes vous simplement qu'il
est en train de mettre de votre appartement à la terre.
En le regardant faire, vous vous formerez rapidement et vous
aurez ensuite l'impression injustifiée que n'importe quel
mortel est à même de réaliser n'importe quelle
installation électrique pour peu qu'elle contienne des
signes plus et des signes moins. Jusqu'au soir du réveillon
que vous organisez pour 80 personnes, où un fusible de
votre installation électrique se suicidera. Alors seulement
vous saurez que les branchements facturés par un vrai
professionnel de l'électrique répondent aux même
normes rigoureuses que les nuds marins. A tâtons
vous chercherez frénétiquement son numéro
de téléphone en vous prenant les pieds dans les
câbles électriques de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel
qui traînent un peu partout.
Or, dans cette forme d'artisanat il se
trouve que l'esprit d'entreprise est une affaire de famille.
- C'est pourquoi les électriciens professionnels sont
le plus souvent dotés de frères jumeaux qui sévissent
dans des domaines tels que la plomberie.
Comme chacun le sait, les plombiers ont la réputation
d'être de pauvres brutes débiles aux cheveux gras.
Mais l'on raconte aussi qu'ils peuvent tordre d'épais
tubes de cuivre entre le pouce et l'index rien que pour s'en
faire des pinces à cheveux. Le jour où vous verrez
cela de vos propres yeux, le profond mépris que vous aviez
hier encore pour ces analphabètes épais en catogan
se muera instantanément en un profond respect pour le
splendide travail artistique de ces élégants gentlemen
à la force herculéenne.
-
L'emménagement
( Emménager c'est toujours déménager
disait mon auguste professeur de sport au lycée Jean Giono)
- Les opérations qui consistent
à emballer les cartons du déménagement requièrent
forcément le concours d'un spécialiste, homme de
l'art.
- C'est pour cela que, le sixième jour, le Seigneur
créa l'homme et dans sa grande sagesse il eut l'idée
de faire appel à une vraie équipe de déménageurs
professionnels, les *Gentlemen Déménageurs*
- *Gentlemen Déménageurs*
pour installer l'Homme dans le Jardin du Luxembourg
- Ils arrivent chez vous de bonne heure,
les manches bien retroussées, le pas alerte, et l'il
vif et sans plus tarder vous réclament six litres de café.
Puis, après avoir ainsi fait le plein d'énergie,
ils se mettent sans plus tarder à faire la causette à
vot'dam.
Bien plus tard ils se saisiront délicatement de vos cartons
avec leurs petits poings et les jetteront soigneusement dans
un camion garé en triple file sur le trottoir d'en face.
Pour les aider et leur permettre d'aller plus vite le jour du
déménagement, on vous avait conseillé de
préparer vous-même vos cartons deux ans à
l'avance, en n'omettant pas de noter lisiblement leur contenu
dessus pour que votre emménagement ensuite en soit largement
facilité. Selon de récentes études menées
par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs en blouses
blanches de la SERNAM, le temps que vous consacrez à inscrire
au feutre sur les cartons ce que vous y aurez rangé permettra
ensuite d'en gagner plus du triple lorsqu'il s'agira de les déballer.
-
**Pub**
- La fermeture des cartons
demande un doigté de professionnel à toute épreuve.
Et seuls des *Gentlemen Déménageurs* sauront fermer
convenablement vos cartons,
- grâce à leur
savoir-faire plusieurs fois millénaire hérité
de l'Art de la Momie.
(C'est à dire qu'ils emballent vos cartons avec du ruban
adhésif opaque en prenant bien soin de
masquer pour toujours vos précieuses inscriptions sur
le contenu.)
-
La copropriété
mythes et réalité à travers la littérature
pan-européenne de science-fiction Hausmanienne et d'autres
exemples hétérodoxes extraits de mon expérience
personnelle (" Dans la vie, il ne suffit pas d'être
heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux "
: article premier du Règlement intérieur de toute
copropriété)
(niveau de difficulté : surréaliste ; pré
requis : lobotomie intégrale)
- Lorsque les derniers ouvriers auront
enfin déserté votre logement à tout jamais,
alors qu'il ne vous restera plus que quelques mensualités
à rembourser aux ayants droit de votre banquier, vous
goûterez enfin aux délicieux plaisirs d'une aventure
bien plus exaltante que le déménagement.
- La copropriété est une chose très sérieuse,
dont le fonctionnement est régi par un code de procédure.
La plus ancienne version connue de ce code remonte au XIVème
siècle avant notre ère et est exposée dans
un musée célèbre dont le nom m'échappe
mais qui finit en "ou". Ce texte constitutif fixe les
rôles bien distincts de la copropriété d'une
part et de l'assemblée des co-propriétaires d'autre
part ; deux entités bien distinctes mais que l'on a souvent
tendance à confondre.
Or, il faut bien comprendre que la copropriété
est à l'assemblée des co-propriétaires ce
que le gouvernement d'une république est au parlement,
c'est à dire l'organe exécutif d'une assemblée
législative. A ce titre, la copropriété
doit donc réaliser les objectifs que lui fixe l'assemblée
des copropriétaires lors sa réunion ordinaire annuelle,
appelée aussi le " bain de sang final ".
Si personne ne se porte volontaire dans
votre résidence, l'assemblée des copropriétaires
peut alors également faire appel à un syndic professionnel
de copropriété, sorte de gestionnaire de biens
immobiliers, syndic de copropriété qui peut alors
s'approprier les missions normalement dévolues à
la copropriété préalablement accordées
à la copropriété par l'assemblée
des copropriétaires qui fixe en assemblée générale
de copropriété les souhaits propres à chaque
copropriétaire. Pour quelques sous de plus, le syndic
de copropriété vous proposera de mettre à
chaque propriétaire un numéro vert accessible 24h/24
très utile pour se faire traiter comme un chien au téléphone
gratuitement.
On voit donc, à la lumière de ces explications,
que copropriétaires et syndic de copropriété
sont deux notions fondamentalement différentes. Cependant,
dans le langage courant et profane on en parlera fréquemment
sans faire le distinguo et une appellation commune à l'un
comme à l'autre est devenue " cette sale bande de
connards qui gère l'immeuble ".
-
- Examinons à présent de plus près un
ou deux cas de jurisprudence classique dans une copropriété
afin de nous éclairer sur le genre d'affaire à
laquelle celle-ci est régulièrement confrontée.
Exercice 1 :
- Mon voisin de palier est un dangereux trafiquant d'armes
adepte de magie noire satanique qui entasse des cadavres de renards
sous son lit et incite les enfants de la résidence à
manger leurs crottes de nez. Par sa faute l'immeuble est donc
très fréquemment ensanglanté et les enfants
très mal élevés.
Réponse : Dans un premier temps, je peux saisir
le syndic de copropriété qui est légalement
autorisé par l'assemblée des etc. à envoyer
des menaces de mort anonymes à mon voisin.
Exercice 2 :
- Ca ne suffit pas ! Et ledit voisin poursuit maintenant ses
exactions infâmes en cognant frénétiquement
sur des percussions africaines après 22 heures et jette
de la crème dessert chocolatée par la fenêtre
sur les voitures qui font du rodéo sur le parking de la
cité où l'on commet des sacrifices humains et autres
délits. Tout ça est de sa faute. (extrait d'une
lettre anonyme adressée au syndic par le "voisin
qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas masqué")
- Réponse : Dans ce genre de cas, difficile mais
classique, le syndic peut prendre des mesures coercitives plus
sévères comme :
- uriner dans la boîte aux lettres de mon voisin de palier
- sonner chez lui en plein milieu de la nuit et s'enfuir en courant.
Si toutefois, mon voisin ne se calme toujours pas, l'assemblée
des copropriétaires peut mandater le syndic pour ouvrir
une enquête dans l'immeuble et faire toute la lumière
sur l'épouvantable meurtre du colonel Moutarde avec le
chandelier dans le petit salon.
Exercice 3 :
- Supposons à présent (cas standard) que mon
voisin du dessus, octogénaire, ancien combattant et ex-international
de base-ball passe des dimanches entiers à envoyer de
toutes ses forces une super-balle à travers son appartement
en poussant des petits cris pour vérifier les réflexes
de son chat lequel est pourtant décédé officiellement
depuis 1995. Tout l'immeuble lui demande de cesser son vacarme
infernal, mais on dirait qu'il n'est pas tout à fait net.
Les jeunes du quartier font du trafic d'organe dans les souterrains
de l'immeuble sans aucun respect pour la couche d'ozone. Tout
ça est de sa faute! Le goudron et les plumes! (extrait
d'une pétition anonyme adressée au syndic d'une
copropriété par "l'assemblée des copropriétaires
qui pensent tout bas ce que d'autres pensent tout bas aussi vengeurs")
- Réponse : Si le phénomène persiste
le préjudice moral que je subis risque fort de s'avérer
plus lourd qu'il n'y paraît. D'abord simple désagrément,
ce bruit incessant deviendra plus incommodant, angoissant, lancinant,
obsédant ; je vais progressivement devenir associable,
perdre la notion du temps, mon travail, mes amis, le sens de
l'orientation et mes cheveux. Un matin, la femme de ménage
de l'immeuble me trouvera dans le placard du hall d'entrée,
totalement prostré, en pleine conversation avec ma main.
Dans le langage clinique on appelle cela "toucher le fond".
-
- Et ce n'est qu'au terme de plusieurs
années de convalescence passées dans un établissement
spécialisé où des infirmières acariâtres
en blouse blanche vous injecteront de la crème dessert
au chocolat en intraveineuse, que vous pourrez refaire surface.
Vous redeviendrez alors à la vie, invincible, bloc d'acier
galvanisé, rendu insubmersible par toutes les souffrances
surmontées. Cur vaillant, endurci par vos épreuves
désormais passées, vous pourrez affronter la réalité
de l'avenir avec une philosophie inébranlable. Le corps
médical vous déclarera apte à
vendre
votre logement.
Et là, c'est une toute autre histoire.
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